La decouverte a Cannes
J’ai vu ce film au Festival de Cannes (c’etait en fait ma toute premiere montee des marches…), et il merite tout a fait son prix de la mise en scene ! En revanche, je ne le voyais pas en Palme d’Or…
Je n’ai pas lu le livre dont s’inspire le film. Et oui, c’est une lecon de courage, d’humilite, de bonheur et de la relativite des choses… (Heureusement qu’avec un tel theme, Julian Schnabel a su eviter le cote melodramatique.) Mais a la limite, j’ai envie de dire que je m’en fous (presque) de l’histoire. Ce qui m’a fascine dans ce film, c’est surtout la mise en scene.
Une mise en scene de peintre
Quelle idee de genie que de l’avoir confiee a un peintre. C’est exactement ce qu’il fallait pour « sauver » ce film, a priori « infilmable », ou presque rien ne se passe…
Julian Schnabel transforme chaque battement de cils en un tableau. Le monde vu par un oeil, avec tout ce qu’il a comme defauts — des fois il s’embue, alors l’image devient brumeuse, des fois il a du mal a suivre la personne, alors on ne voit que son torse ou ses jambes, des fois l’image se deforme, se tord, scintille dans un coin, disparait dans un clignement de cils, reapparait plus nette…
C’est un jeu de camera — et de quelques effets — admirable, qui donne envie d’etre contemple, savoure, compris, indefiniment.
Une experience sensorielle unique
On se glisse dans la peau de cet homme meurtri qui ne peut compter que sur son ouie et sur le seul oeil qui lui reste. Du coup, le monde nous parait plus brut, plus fort : on ressent le vent de mer qui lui souffle dans la figure en l’obligeant a fermer les yeux, on sent le son des pas resonner dans la poitrine…
C’est la une experience unique. On aimerait presque voir le monde comme Jean-Dominique Bauby — le monde semble presque plus reel dans le film que dans la realite.
Un film qui reste
Avec le recul, Le Scaphandre et le Papillon reste l’un des films les plus visuellement inventifs du cinema francais contemporain. L’approche de Julian Schnabel — filmer comme on peint — a influence de nombreux cineastes. Le film a aussi contribue a faire connaitre le locked-in syndrome au grand public, inspirant des avancees dans la recherche sur les interfaces cerveau-machine.
Mathieu Amalric, dans le role de Bauby, livre une performance extraordinaire, presque entierement joue avec un seul oeil. C’est l’un des plus grands roles du cinema francais des annees 2000.
Le verdict
A qui je recommanderais ce film ? A ceux qui aiment les exercices de style, a ceux qui ont une sensibilite esthetique, a ceux qui n’ont pas peur de pleurer au cinema. A voir sur grand ecran, obligatoirement.
** Note : 5/5**
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Realisateur : Julian Schnabel
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Avec : Mathieu Amalric, Emmanuelle Seigner, Marie-Josee Croze
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Genre : Drame biographique
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Duree : 1h52
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Annee : 2007
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Recompenses : Prix de la mise en scene a Cannes, nomine aux Oscars (realisateur, montage)