L’histoire : entre Hamlet et l’absurde
Voila un film dont j’attendais la sortie avec impatience — et qui a mis du temps a arriver sur les ecrans francais. Playing the Victim (titre francais : Jouer les victimes) est une comedie noire russe sacree Meilleur film au 1er Festival de Rome, couronnee d’une multitude de prix en Russie.
L’histoire : Valya, ex-etudiant, se trouve un boulot dans la police : il joue les cadavres lors des reconstitutions de scenes de crime. Il accompagne un capitaine charismatique, une policiere equipee d’une camera video et un sergent benet lors de ces reconstitutions, qui ne sont menees que pour la pure forme car les accuses seront condamnes de toute facon. Une nuit, le pere de Valya lui apparait dans un reve et lui dit qu’il a ete empoisonne par la mere et l’oncle de Valya…
On reconnait bien sur la trame de Hamlet : le fantome du pere, la mere complice, l’oncle usurpateur. Mais Serebrennikov transpose cette tragedie shakespearienne dans la Russie contemporaine, ou l’absurde quotidien rivalise avec la fiction.
Un film kafkaien et jubilatoire
Playing the Victim depasse de loin les films que l’on produit habituellement en Russie. Base sur une piece des freres Presniakov, il explore une idee geniale qui mene les auteurs tres loin… Mais, contrairement a d’autres films d’absurde, celui-ci s’arrete juste la ou il faut : la chute est excellente, dans le genre « la boucle est bouclee ».
Un vent de folie legere flotte… Les acteurs sont remarquables, et surtout Yuri Tchursin dans le role de Valya. Lia Akhedzhakova y tient un petit role de la « Japonaise au destin » — elle est delicieusement decalee, et etre decale dans un film deja decale, c’est exactement ce qu’il faut.
La mise en scene de Kirill Serebrennikov, devenu depuis l’un des artistes russes les plus importants de sa generation (et dont les demeles avec la justice russe ont fait les gros titres internationaux), temoigne deja d’une maitrise impressionnante du rythme et du ton.
Le renouveau du cinema russe
Playing the Victim est un de ces films qui representent le renouveau du cinema russe. C’est tellement dommage que le cinema russe ne soit represente en France que par Sokourov, Lounguine et peut-etre Zviaguintsev… Alors que l’industrie cinematographique renait de ses cendres et met au monde d’excellents films experimentaux (comme Playing the Victim, ou encore les films de Renata Litvinova), de tres bonnes comedies (Piter FM d’Oksana Bytchkova), et du tres bon cinema d’auteur (Kira Muratova cree encore…).
Connaissant la frilosite du grand public face a des noms inconnus, ce n’est guere etonnant que le nouveau cinema russe ait du mal a percer a l’etranger. Mais les festivals internationaux commencent a lui accorder la place qu’il merite, et des realisateurs comme Serebrennikov, Andrei Zviaguintsev ou Kantemir Balagov ont depuis prouve que la scene artistique russe est plus vivante que jamais.
Bande-annonce
Informations sur le film

| Information | Details |
|---|---|
| **Titre original** | Izobrazhaya zhertvu (Изображая жертву) |
| **Realisateur** | Kirill Serebrennikov |
| **Acteurs principaux** | Yuri Tchursin, Lia Akhedzhakova |
| **Genre** | Comedie noire, drame |
| **Pays** | Russie |
| **Annee** | 2006 |
| **Prix** | Meilleur film, 1er Festival de Rome (2006) |
| **Note** | ★★★★☆ (4/5) |
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