Le documentaire : Dourakovo, microcosme russe
Arte diffuse une serie de documentaires consacree a l’etat de la democratie dans le monde. C’est la Russie qui a l’honneur d’ouvrir le cycle.
Au nom de Dieu, du tsar et de la patrie est realise par Nino Kirtadze, d’origine georgienne, et se concentre sur une facette reveleatrice de la « democratie » russe : un village qui s’appelle Dourakovo (du mot russe dourak qui signifie « imbecile » — tout un programme).
Morozov, le tsar du village
A Dourakovo, un businessman nomme Morozov a bati une communaute democratique a la russe. Selon la realisatrice, ce village est representatif de la societe russe dans son ensemble.
Cette democratie dirigee est en fait une tyrannie a peine masquee : le village est dirige d’une main de fer par Morozov, qui interdit toute critique, voire toute opinion. Les habitants du village le formulent eux-memes avec une franchise desarmante :
« La democratie, ce n’est pas pour nous, c’est bon pour l’Ouest. »
La democratie dirigee a la russe
Est-ce le vrai reflet de la Russie d’aujourd’hui ? Le documentaire de Kirtadze ne pretend pas repondre definitivement a cette question, mais il pose un constat troublant : dans de nombreuses communautes russes, l’autocratie n’est pas subie mais desiree.
Le concept de democratie souveraine — terme forge par les ideologues du Kremlin — trouve ici son illustration la plus crue. Les institutions democratiques existent formellement, mais le pouvoir reel appartient a un seul homme. Et les habitants non seulement acceptent cette realite, mais la revendiquent.
Que reste-t-il de ces lecons ?
Ce documentaire reste d’une actualite saisissante. La democratie en Russie a continue de reculer depuis sa diffusion, confirmant l’intuition de Kirtadze : Dourakovo n’etait pas une anomalie, mais un microcosme de la Russie poutinienne. Le village ou la critique est interdite, ou le chef a toujours raison, ou la liberte est perque comme un danger — ce village, c’est un pays tout entier.
Le nom meme du village — Dourakovo, « le village des imbeciles » — prend une resonance prophetique. Non pas que les habitants soient stupides, mais parce qu’ils ont fait le choix conscient de renoncer a la liberte au profit de la stabilite et de la securite perques. Un dilemme qui depasse largement les frontieres de la Russie.