Un week-end de greve au musée
Un week-end de greve des transports a Paris, et je decide d’exploiter au maximum deux ressources precieuses : 1) les lignes de bus qui marchent encore ; 2) la presence de ma mere, grande adepte du « Panem et circenses » en version intello. La ligne 89 nous a donc amenees jusqu’au Musée du Luxembourg, ou se tenait la toute première exposition entierement consacrée a Arcimboldo — mais si, vous le connaissez : c’est le type qui fait des portraits avec des legumes et des fruits.
Quand on a un week-end de greve et une mere cultivee sous la main, autant ne pas trainer au lit. Le bus 89 fait un parcours plutot agreable a travers Paris et nous a deposees directement devant le jardin du Luxembourg. même en temps de greve, le quartier du Senat reste accessible : c’est l’un des avantages du Musée du Luxembourg par rapport aux grands musées du centre de Paris.
Le Musée du Luxembourg, une bonne surprise
J’avoue que les expositions du Musée du Luxembourg (toutes produites par la société SVO) ne m’impressionnaient vraiment pas. Ils ont souvent de très belles oeuvres, mais mal exposees avec des explications lapidaires. L’expo Titien, l’expo sur les autoportraits il y a quelques annees : a chaque fois, on sortait frustree par le decalage entre la qualité des oeuvres et la pauvrete de la museographie.
Arcimboldo m’a agreablement surprise. Malgre quelques faiblesses museographiques residuelles, la collaboration avec le Kunsthistorisches Museum de Vienne a clairement porte ses fruits. On sentait qu’un partenaire de poids avait impose un niveau d’exigence superieur a ce que SVO propose d’ordinaire.
Cela reste, il faut le dire, une « petite expo pour les Parisiens qui ne veulent pas se fatiguer mais aimeraient bien pouvoir dire qu’ils ont vu une expo » — un genre dans lequel le Musée du Luxembourg excelle depuis plusieurs annees. Mais pour une fois, le contenu etait a la hauteur du concept.
Un choix d’oeuvres remarquable
Le choix des oeuvres est excellent. On y voyait non seulement les tableaux archi-connus d’Arcimboldo — les fameuses tetes composées de fruits, legumes, fleurs et poissons — mais aussi des series beaucoup moins célèbres qui revelent un artiste bien plus complexe qu’on ne l’imagine :
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Les Metiers : dont le célèbre Bibliothecaire, portrait composé entierement de livres empiles, qui est devenu l’un des tableaux les plus reproduits de l’artiste.
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Les Éléments : une serie allegorique ou chaque élément (Eau, Terre, Feu, Air) est représente par un assemblage d’animaux et d’objets correspondants.
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Collections privees : des oeuvres issues de collections particulieres rarement exposees, qui enrichissaient considerablement le propos.
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Musées improbables : des tableaux provenant du chateau de Skokloster en Suede ou d’un petit musée a Cremone — des endroits ou, franchement, on ne risque pas d’aller un dimanche après-midi.
Et enfin, le clou du spectacle : trois portraits reversibles, un genre pictural invente par Arcimboldo lui-même. Retournez le tableau et le plat de legumes se transforme en visage, ou inversement. C’est un concept d’une modernite stupefiant pour un artiste du XVIe siècle, et il fallait les voir en vrai pour en saisir toute la subtilite — les reproductions dans les livres ne rendent pas justice a l’effet de surprise quand on pivote le regard.
Arcimboldo a la cour des Habsbourg
Grande rarete pour le Musée du Luxembourg (et très bonne surprise), l’oeuvre de l’artiste etait ici présentée dans le contexte de sa creation. On decouvrait les portraits conventionnels qu’Arcimboldo realisait a la cour des Habsbourg a Vienne — car oui, avant d’etre le « type aux legumes », il etait un peintre de cour tout a fait sérieux.
On apprenait également sa passion pour les betes exotiques, son rôle dans les cabinets de curiosites de l’époque, et surtout sa vocation inattendue de « party planner » des Habsbourg : c’est lui qui planifiait et creait les fêtes, les décors et les spectacles de la cour imperiale. Un artiste total, bien avant que le concept n’existe.
Des sources d’inspiration aux contemporains tout aussi fascines par le monde animal, on comprenait mieux le phenomene Arcimboldo, ou chaque monstre est une merveille, ou chaque assemblage grotesque recele une réflexion sur la nature, la représentation et les liens secrets entre les choses.
Verdict : a voir, surtout avec des enfants
A voir, et pas seulement si votre nounou est coincee dans les greves ! Les enfants sont les premiers fans d’Arcimboldo : ces visages composés de fruits, de legumes et de poissons les fascinent, les font rire, les intriguent. L’exposition avait d’ailleurs prevu un parcours dédié aux enfants, ce qui est suffisamment rare au Musée du Luxembourg pour etre souligne.
Si vous n’avez pas d’enfants, allez-y quand même. Il s’agissait de la première retrospective mondiale consacrée a Arcimboldo, et ce serait dommage de la rater. Si, comme moi, vous n’aimez pas les expos du Musée du Luxembourg, allez-y tout de même : vous serez surpris par le chemin accompli. Pourvu que ca dure !
Avec le recul, cette exposition a marqué un tournant. Depuis, Arcimboldo a retrouve une place de choix dans l’histoire de l’art, cite comme precurseur du surrealisme, du pop art et même de l’art numerique. Sa capacité a transformer l’ordinaire en extraordinaire, a voir un visage dans un tas de legumes, resonne etrangement avec notre époque obsedee par les filtres, les metamorphoses visuelles et l’intelligence artificielle generative.
Informations pratiques
| Information | Details |
|---|---|
| **Exposition** | Arcimboldo (première retrospective mondiale) |
| **Lieu** | Musée du Luxembourg, 19 rue de Vaugirard, 75006 Paris |
| **Dates** | Septembre 2007 – 13 janvier 2008 |
| **Collaboration** | Kunsthistorisches Museum de Vienne |
| **Public** | Tous publics, parcours enfants disponible |
| **Note** | ★★★★☆ (4/5) |
L’art de visiter les expositions a Paris
Paris est la capitale mondiale des expositions. Chaque semaine, des dizaines d’expositions ouvrent et ferment — au Louvre, au Centre Pompidou, au Musée d’Orsay, au Grand Palais, dans les galeries du Marais et les fondations privees. C’est un flux permanent d’art et de culture qui fait de Paris un lieu unique au monde.
Mon conseil : ne courez pas après toutes les expositions. Choisissez-en une ou deux par mois, prenez le temps de les voir vraiment, et laissez-vous surprendre. Les meilleures découvertes sont souvent les moins attendues — une petite galerie dans une rue tranquille, un artiste dont vous n’aviez jamais entendu parler.
En Russie, les musées sont aussi des institutions majeures. L’Ermitage a Saint-Petersbourg, la Galerie Tretiakov a Moscou, le MMOMA (Musée d’art moderne de Moscou) — chacun mérite un voyage en soi. Pour découvrir l’art russe sous toutes ses formés, le site Art Russe est une ressource incontournable.