Un geste patriotique mal récompense
Il m’a fallu deux jours pour m’en remettre. Mon geste patriotique — aller soutenir le cinema russe au festival Regards de Russie a Paris — m’a coute cher. Le film de Kira Mouratova, realisatrice ukrainienne respectee et figure incontournable du cinema d’auteur post-sovietique, s’appelle Deux en un (2007). Deux parties, deux epreuves.
L’affiche de Deux en un (Dva v odnom) de Kira Mouratova
Le film a pourtant remporte le prix Nika du meilleur film des pays baltes et de la CEI — l’equivalent russe des Cesar. Sur les forums russes, quelques fans existent : une vieille dame a même declare avoir aime. Mais pour la grande majorite des spectateurs, l’experience est eprouvante.
Première partie : théâtre et absurde
La première partie se deroule dans un théâtre musical au décor fantastique. Un acteur s’est pendu en costume du Duc de Rigoletto. Un machiniste amateur d’opéra le découvre. S’ensuivent des échanges surrealistes entre les membres de la troupe, dans cette ambiance de huis clos theatral ou l’absurde regne en maitre.
Le film offre pourtant quelques moments de grace au milieu du chaos. Un collegue touche la main du mort : « Mais elle est froide ! » et se met a chanter « Che gelida manina… » de sa voix de tenor a la retraite. Un moment magique, inattendu, presque emouvant dans l’absurdite ambiante.
Le décor s’abaisse pour liberer le corps, une foret blanche se deploie sur scene, et le corps tombe avec un bruit sourd. Un moment de beauté plastique dans un film qui n’en compte pas beaucoup.
Seconde partie : le drame sordide
La seconde partie change radicalement de registre. Filmee comme un long-metrage classique (et non plus comme du théâtre), elle raconte l’histoire d’un vieil homme riche entretenant une relation incestueuse avec sa fille. Le soir du Nouvel An, la fille amene une amie. Le vieil homme les enferme dans la maison.
C’est degoutant et difficile a regarder pour la plupart des spectateurs. Le malaise s’installe et ne quitte plus la salle. Mouratova pousse le spectateur dans ses retranchements, sans offrir la moindre echappatoire narrative ou esthétique.
Dans le genre « le monde est absurde et cruel », je prefere David Lynch. Chez Lynch, l’absurde est porte par une vision artistique fascinante, une musique envoutante, des images inoubliables. Chez Mouratova, la cruaute semble etre une fin en soi — et c’est epuisant.
Le verdict
Note : 1/5
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Realisation : Mouratova maitrise son langage, mais le resultat est eprouvant
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Première partie : Théâtre absurde avec quelques eclairs de beauté
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Seconde partie : Sordide et quasi insoutenable
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Le moment a sauver : « Che gelida manina » chante par un machiniste
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Prix : Nika du meilleur film des pays baltes et de la CEI