L’histoire et le scénario
Ah, enfin enfin! Je l’ai vu! Je ne sais pas pourquoi, mais j’attendais avec impatience la sortie de ce film. J’ai une idée quand même: c’est parce que j’adore Viggo Mortensen (depuis que je l’ai vu dans After the wedding). Et c’est peut-être grâce à lui que j’ai tellement aimé Les promesses de l’ombre.
J’avais déjà parlé de l’histoire ici, j’y ajouterai une seule chose: le scénario de Steve Knight est un roman, car jamais je n’imaginerais qu’une si belle histoire puisse se produire en réalité, dans le milieu de la mafia russe. C’est un point de départ important, car, à partir de là, je n’accepte pas les critiques « c’est trop romanesque! C’est pas crédible! » Je prends Les promesses de l’ombre plus comme une fable universelle sur la nature de l’homme. C’est étrange de le dire (car je m’attendais vraiment à un film sur la mafia russe très informatif), mais au bout du compte, on s’en fout que ce soit des russes, car ce n’est qu’un décor. Ce qui importe, ce sont les caractères, les élans, les motivations inconscientes qui les meuvent… et là, Cronenberg excelle!
Les caractères : entre stéréotype et vérité
Non, après mûre réflexion, la plupart ne sont pas crédibles (Vincent Cassel un brin caricatural, Naomi Watts un brin Mère Theresa, Viggo Mortensen en James Bond puissance 10), et en même temps on se prend au jeu car ils exploitent des stéréotypes (au bon sens du terme) de caractère littéraire qui marchent encore. À ce sens, ce film a un insaisissable caractère russe, dans ce qu’il a d’exagéré (la noirceur y est à son comble, et la candeur, purissime), de passionné, d’inexpliqué (mais pourquoi, pourquoi font-ils ces choses-là??)…
Viggo Mortensen, magnétique
Et enfin, il y a Mortensen, magnétique. Je crois que si ce n’était pas lui, je me serais ennuyée, ou me serais laissée énerver par leur accent horrible en russe, ou… Mais non, Viggo Mortensen, tel un aimant, attirait vers lui toutes les pièces détachées dont ce film est fait, et leur donnait de la consistance, de la cohérence, — bref, une réalité. Oui, Mortensen est bien trop beau et distingué pour être russe. Il a cet aura d’un sauveur du monde à la Tolkien; des gestes et des mimiques d’un lord anglais, et des costumes qui auraient bien pu être empruntés à ce dernier. Comment il ne se fait pas démasquer avec tout ça, on ne sait pas. Un grand rôle pour un très grand acteur.
Verdict : à voir absolument
J’ai vu le film en un souffle. À voir absolument. La seule condition: jouer le jeu. Ne vous attendez pas à un documentaire sur la mafia russe. Non. On vous raconte une histoire: laissez-vous faire.
Fiche technique du film
| Titre français | Les Promesses de l'ombre |
|---|---|
| Titre original | Eastern Promises |
| Réalisateur | David Cronenberg |
| Scénario | Steve Knight |
| Acteurs principaux | Viggo Mortensen, Naomi Watts, Vincent Cassel, Armin Mueller-Stahl |
| Musique | Howard Shore |
| Durée | 114 minutes |
| Année | 2007 |
| Genre | Thriller, drame, crime |
| Pays | Royaume-Uni / Canada / États-Unis |
Casting principal
| Acteur | Rôle |
|---|---|
| Viggo Mortensen | Nikolai Luzhin |
| Naomi Watts | Anna Khitrova |
| Vincent Cassel | Kirill Semyon |
| Armin Mueller-Stahl | Semyon |
| Sinéad Cusack | Helen |
| Jerzy Skolimowski | Stepan |
La scène culte : le combat au hammam
On ne peut pas parler des Promesses de l’ombre sans évoquer la scène du hammam, devenue l’une des séquences de combat les plus célèbres de l’histoire du cinéma. Nikolai (Viggo Mortensen), entièrement nu, est attaqué par deux tueurs tchétchènes armés de couteaux dans un bain turc londonien.
Cronenberg a insisté pour que la scène soit filmée avec une nudité intégrale, refusant tout compromis. Selon lui, un homme nu qui se bat pour sa vie est infiniment plus vulnérable, plus humain, plus réel qu’un héros de cinéma en costume. Et il avait raison : la scène est d’une brutalité crue qui coupe le souffle, sans aucune trace de glamour hollywoodien.
Viggo Mortensen a réalisé lui-même la quasi-totalité de ses cascades. Il a confié avoir été couvert de bleus pendant des semaines après le tournage. Cette séquence d’à peine quatre minutes a nécessité plusieurs jours de tournage et reste, près de vingt ans plus tard, un modèle de mise en scène de combat réaliste au cinéma.
Le regard d’une Russe sur la mafia russe au cinéma
Le cinéma occidental a toujours eu un rapport ambigu avec la mafia russe. De Lilya 4-ever (Lukas Moodysson, 2002) à John Wick (2014) en passant par The Equalizer (2014), les Russes y sont souvent réduits à des figures de méchants unidimensionnels : brutaux, froids, impitoyables.
Ce qui distingue Les Promesses de l’ombre, c’est que Cronenberg ne tombe pas dans ce piège — ou plutôt, il l’assume et le transcende. Oui, ses personnages russes sont des stéréotypes, mais des stéréotypes littéraires, avec une profondeur psychologique qui les rend fascinants. Le patriarche Semyon (Armin Mueller-Stahl) est à la fois un grand-père affable tenant un restaurant et un monstre capable des pires horreurs. Kirill (Vincent Cassel) est un fils déchiré entre la loyauté filiale et sa propre fragilité.
Le travail de recherche sur les tatouages de la Vory v Zakone (les « voleurs dans la loi », la mafia russe traditionnelle) est remarquable. Chaque tatouage raconte une histoire, un crime, un rang dans la hiérarchie. Cronenberg s’est appuyé sur les travaux du photographe russe Sergei Vasiliev, qui a documenté pendant des années les tatouages des prisonniers russes. C’est peut-être l’aspect le plus authentique du film.
Les Promesses de l’ombre en 2026
Près de vingt ans après sa sortie, Les Promesses de l’ombre reste un film majeur dans la filmographie de Cronenberg et dans le genre du thriller criminel. Le film a été nommé pour de nombreux prix, dont un Oscar du meilleur acteur pour Viggo Mortensen — sa première nomination dans cette catégorie.
Pendant des années, une suite a été évoquée. Cronenberg et Mortensen ont discuté d’un projet intitulé Eastern Promises 2, qui aurait exploré la suite de l’infiltration de Nikolai dans la Vory v Zakone. Le scénario existait, les deux hommes étaient partants, mais les problèmes de financement ont eu raison du projet. En 2014, Cronenberg a officiellement confirmé que la suite ne se ferait pas, laissant les fans sur leur faim.
Depuis, David Cronenberg a continué à explorer ses obsessions avec Cosmopolis (2012), Maps to the Stars (2014) et Les Crimes du futur (2022), retrouvant Viggo Mortensen pour ce dernier. Quant à Mortensen, il est passé à la réalisation avec Falling (2020) et The Dead Don’t Hurt (2024), confirmant son statut d’artiste complet bien au-delà du Aragorn du Seigneur des anneaux.
Le film est aujourd’hui disponible en streaming et en VOD sur les principales plateformes.
Tableau des notes
| Critère | Note |
|---|---|
| Scénario | **4 / 5** |
| Acteurs | **5 / 5** |
| Mise en scène | **4,5 / 5** |
| Bande originale | **4 / 5** |
| **Note globale** | **4,5 / 5** |