Le dernier Wong Kar-Wai a recu un accueil quelque peu condescendant de la critique (« Wong Kar-Wai fait toujours du Wong Kar-Wai », disaient-ils…), mais j’ai brave l’indifference et suis allee le voir.
L’histoire : tartes et cles
Le copain d’Elisabeth (Norah Jones) vient de la plaquer pour une autre. Elisabeth atterrit alors au Klutch (« cle » en russe) — le cafe de Jeremy (Jude Law). S’ensuivent quelques soirées ou Elisabeth sauve une tarte aux myrtilles et joue a la belle au bois dormant, puis elle disparait pour un long road movie ou elle rencontre toute une serie de personnages avant de trouver, enfin, la cle…
Une histoire de cles, vous l’aurez compris, est forcement sinueuse et pleine de rebondissements. Le fil d’Ariane continue a travers des cartes postales qui traversent tout le pays, pour enfin revenir dans ce même bar, devant une tarte aux myrtilles, quelques mois plus tard.
Les personnages secondaires magnetiques
Certains spectateurs avouent avoir ete plus passionnes par les personnages secondaires. Rachel Weisz et Natalie Portman sont incroyables toutes les deux — on a les yeux rives sur elles.
Pour ma part, c’est surtout l’histoire de Norah Jones et de Jude Law qui m’a attiree. D’habitude, je deteste Jude Law et les rôles qu’il choisit (ceux d’un beau gosse qui fait souffrir les filles). Et My Blueberry Nights est le premier film ou je l’ai trouve vraiment bien ! Ce barman un peu essouffle qui, chaque soir, prete une oreille attentive a Elisabeth, lui raconte des histoires de tartes aux myrtilles (« but you can’t blame the pie! People just make other choices… »), des histoires de cles (Jeremy a un bol rempli de cles laissees par des clients pour quelqu’un qui ne vient jamais), des histoires tout court…
Le style Wong Kar-Wai en Amerique
Wong Kar-Wai fait du Wong Kar-Wai, certes (il faut donc avoir aime au moins un de ses films precedents pour apprecier celui-la) — mais quel delice pour ceux qui aiment se fondre dans ce style tout en ellipses !
L’action se deroule cette fois aux États-Unis, et le réalisateur parvient a capter a merveille quelques facettes de la vie americaine… tout en faisant ce qu’il fait le mieux : filmer les neons, la fumee des cigarettes, et le grain de peau d’un visage feminin. Je crois fermement que ces trois choses ont ete inventees dans le seul but d’etre un jour filmees par Wong Kar-Wai. Si on se laisse hypnotiser, on n’aurait presque plus besoin de l’histoire…
Faut-il aller le voir ?
S’il ne s’agit pas la d’une oeuvre magistrale, c’est un Wong Kar-Wai vraiment très intéressant, pour ceux qui aiment les road movies, les histoires d’amour et de non-dits, et les fideles du réalisateur. Le film est desormais disponible en DVD et en streaming.
Le road movie, mon genre prefere
Il y a dans le road movie quelque chose d’irresistible pour quiconque a deja compte les heures avant un depart: la route comme promesse, les rencontres comme etapes, et cette idee que revenir au point de depart n’est jamais revenir tout a fait. My Blueberry Nights suit le sillon d’un genre qu’Hollywood a patrimonialise — la caravane d’Elisabeth d’un bout a l’autre des Etats-Unis fait office de fil d’Ariane a lui seul.
Ce que j’aime dans les road movies, c’est leur honnetete de principe: rien ne se resout completement, les gens croises restent en chemin, et la fin ouverte n’est pas un defaut de fabrication mais la seule conclusion acceptable quand on a decide de filmer la vie comme un trajet plutot que comme une destination.
