Je suis à New York pour une dizaine de jours et viens de surmonter le décalage horaire. Voià, comme je disais déjà, c’est ma première fois à New York (et aux États-Unis, tant qu’on y est), alors les impressions sont légion! Comme tout le monde, probablement, j’essayais de trouver des preuves confirmant l’exactitude des stéréotypes existants. Mais oui, on fait ça dans tous les pays où on va, les chinois crachent par terre, les italiens parlent fort et boivent des ristretto, les russes se soulent à la vodka et se promènent bras dessus bras dessous avec les loups et les ours qui pullulent dans les rues…
Mes stéréotypes sur les États-Unis avant de partir : le patriotisme sans bornes, la bouffe grasse et sucrée en grosses quantités et l’obésité qui en découle, la passion (ou plutôt l’absence de complexes) pour l’argent et le talent d’entreprendre, et, bien sûr, le fameux “tout est moins cher aux États-Unis”! Et quelques stéréotypes spécifiquement new-yorkais: il y a des gratte-ciel partout, il y a des Sarah Jessica Parker partout, la ville ne s’arrête jamais, on peut trouver un hot-dog cacher à n’importe quel coin de la rue et à n’importe quelle heure, les gens boivent des cafés en marchant, New York est LA capitale de cheesecakes, et enfin, le stéréotype le plus “hénaurme”, “New York, tu vas adorer”, me disaient tous mes amis. Et bien, qu’en est-il en vrai?
Contrairement à ce que je vis au quotidien dans mon quartier russe parisien, New York offre un dépaysement total — pas de repère communautaire familier, juste l’inconnu à explorer.
Le patriotisme, premier choc à l’aéroport
Patriotisme: Vrai… A l’aéroport, on est accueilli par les “Customs officers”: chaque guichet de contrôle est décoré d’un petit poster disant “On est les meilleurs de la nation, on représente les États-Unis, oh la la, qu’est-ce qu’on en est fiers, et on va être loyal, traiter tout le monde avec dignité, et tout ça parce qu’on est le meilleur”. Au cinéma, parmi les bandes-annonces, on aperçoit un clip où une star rock appelle les jeunes à devenir ces “meilleurs de la nation” en s’inscrivant à l’armée (c’est la pénurie en ce moment). Le film, Charlie Wilson’s war, vante la politique étrangère américaine et le secours qu’elle porte aux opprimés (ponctués par des clins d’oeil très “guerre froide” du style “Let’s kill some Russians!”). Le drapeau américain est partout (wagons de métro, bus, dans la rue, à côté des logos de marques, au MOMA en forme d’oeuvre d’art…) Mais… Les américains (et surtout les New-Yorkais) savent rire d’eux-mêmes… Chez les marchands de Union Square, on trouve toutes sortes d’inscriptions sur les t-shirts de touriste: “I hated Bush before it was cool” (“Je détestais Bush avant que ça ne devienne à la mode), ou encore “I never thought I’d miss Nixon” (“Je n’aurais jamais pensé que Nixon me manquerait”)… Il est vrai que ce dénigrement est surtout de l’anti-bushisme presque exclusivement réservé à New York, mais ça constitue une dissonance agréable dans le paysage composé de stars and stripes.
À retenir. Le stéréotype du patriotisme américain omniprésent se vérifie dès l'aéroport, mais l'auteure note une nuance intéressante : les New-Yorkais savent aussi rire d'eux-mêmes, comme le montrent les t-shirts anti-Bush vendus à Union Square.
La nourriture et l’obésité
La nourriture et l’obésité: Vrai… Déjà le voyage en avion (Continental) donne un preview intéressant: j’ai commandé le menu “low calories” (histoire de ne pas bouffer de conneries vu ce que j’allais déjà manger à coup sûr pendant le séjour, et surtout d’être servie la première). Pour le goûter (ou deuxième déjeuner dû au décalage horaire) j’ai eu droit à un sandwich au jambon de poulet, des chips, et du chocolat (la différence avec ceux qui n’avaient pas le menu light était l’absence de fromage dans mon sandwich. Merci les gars!) De façon générale, le problème principal est que tout est trop bon (parce que gras et sucré et/ou comporte du pain) - les bagels avec du cream-cheese, les steak houses, les pretzels, les poissons fumés et autres delicatessen… Et les portions sont énormes, surtout pour les boissons. Mais, contrairement à la France, il est très bien vu de prendre un doggy-bag au restaurant (donc pas besoin de vous empiffrer comme un malade parce que c’est trop bon et que vous ne pouvez pas l’emporter), tandis que les fruits (pelés et coupés en morceaux, présentés dans des petites coupes à emporter) sont vendus partout, il y en a autant que de cochonneries. Il y a partout des juice bars, ou des organic soup bars, ou de vegetarian salad bars où il est très facile de bien manger (ce qui n’est pas le cas à Paris où, dans le meilleur des cas, on vous vendra, dans une boulangerie, une banane à 1 euros, et vous serez le seul con à l’acheter!) Après, tout est question de volonté! Mais c’est vrai que pour ceux qui l’ont faible, ce n’est pas évident :-)
La passion pour l’argent
La passion pour l’argent. Vrai. Déjà dans l’avion (vous avez vu, tout commence toujours dans l’avion!), je suis tombée sur quelques pubs assez représentatives dans la revue Skymall (c’est le M6 boutique de la presse écrite, vous y trouverez toujours un milliard de choses géniales qui vous facilitent la vie et dont vous n’aviez absolument pas besoin un instant auparavant). Parmi les différents produits, vous aviez notamment un jouet: une machine pour compter les coupures (faux dollars fournis). Le paysage urbain n’est pas en reste: ici vous tombez sur un “High school for Leadership”, là sur une pub pour un College avec un slogan éloquent “Here you will learn how to earn” (“Ici vous apprendrez à gagner de l’argent”). D’ailleurs, vous n’avez qu’à regarder sur Google: la phrase “how to earn money” se rencontre sur des centaines de milliers de pages.
Mais… Ce n’est pas tout à fait une passion, c’est surtout un mode de vie: l’argent ici fait partie du paysage comme, disons, les droits sociaux en France. Ici, on a droit de gagner et de dépenser de l’argent. Et j’ai bien l’impression que nulle part ailleurs les gens ne dépensent de l’argent autant, et aussi facilement. C’est probablement ce qui fait que le pays n’a pas encore fait faillite! Enfin, c’est aussi une passion pour le “bargain” (le bon deal): l’Amérique est le pays du “buy 2 get 1 free”. Et quand vous allez dans un magasin discount (comme le Century 21, génialissime), sur votre reçu vous aurez toujours deux montants: ce que vous avez payé, et ce que vous avez gagné en payant moins cher!
Le talent d’entreprendre
Le talent d’entreprendre. Vrai. Une économie libérale, certes, ne protège pas les faibles (boo!), mais permet à beaucoup de réaliser des idées des plus folles et… des plus rentables. Ce phénomène a plusieurs facettes. Tout d’abord, la “convenience”: en gros, tout ce qui rend votre vie facile mais n’est pas vraiment nécessaire (ex. en France: le fromage râpé. Tout le monde sait qu’on peut prendre un morceau de fromage et une râpe, mais c’est si pratique!). D’un spray à l’huile pour huiler les formes pour les gâteaux à une baguette spéciale qui permet de fermer un bracelet rien qu’avec sa main gauche, ou un appareil qui fait six mini-doughnuts par minute, tout est possible ici. Vous ne saviez même pas que votre vie était si dure sans ces objets. D’autre part, ce sont les objets au design recherché que vous possédez déjà, mais en mieux (ex. européen: Bang&Olufsen. Vous avez déjà un téléphone fixe, mais le leur est teeeeeeelllement beau!). Aux USA, il y a un Bang&Olufsen pour tout. Tout ce qui existe a nécessairement une meilleure version, soit plus belle, soit plus performante. D’où la tendance lourde nommée “keep up with the Joneses” (les “Jones” ce sont vos voisins, et il s’agit de faire toujours mieux ou au moins aussi bien qu’eux). Il y a aussi la capacité qu’ils ont à transformer n’importe quelle petite idée qui marche en une chaîne nationale.
Mais malgré ce petit paragraphe ironique, je trouve tout ça génial. Les gens n’arrêtent pas d’inventer, dans n’importe quel domaine. Est-ce dû au fait que les américains ne soient pas affublés d’une histoire aussi ancienne que celle des européens, et qu’ils aient moins peur d’innover? En Europe, il est dur de se dire, “je peux faire mieux que Rembrandt dans la peinture, mieux que Bernini dans l’architecture, mieux que Dickens dans la littérature”, ça vous bloque… Mais ici, j’ai l’impression que le slogan “Just do it”, ce n’est pas juste Nike.
Ce séjour tombe d’ailleurs à un moment où je multiplie les sorties culturelles russes à Paris — j’avais découvert peu avant le festival de cinéma russe parisien, et comparer les deux scènes culturelles, russe à Paris et américaine à New York, donne une perspective intéressante sur ce qui circule ou ne circule pas d’un continent à l’autre.
La suite : le bilan avant le départ
J’ai retrouvé ma petite liste de stéréotypes du début, et décide d’en finir! Résolution 2008 numéro 1: essayer de terminer ce qu’on a commencé…
Alors, me disait-on, “tout est moins cher aux USA”. Clairement, ces gens-là n’ont pas été à New York. Évidemment, au début, on se laisse berner, on se dit “l’euro est tellement fort!” et on divise tout par deux. Après, on compte mieux, on ajoute la city tax et les pourboires obligatoires de 10%-15%, et on se reprend. En fait, pour la plupart des choses (sous-entendu “choses que je fais à Paris et sur lesquelles porte ce blog”) sont aussi chères qu’à Paris. Et en plus, c’est sold-out des semaines en avance. Je n’ai trouvé que deux-trois choses qui y sont moins chères: les vêtements (je n’arrêterai pas de vanter les mérites de leurs discount stores comme le Century 21 déjà cité, qui m’a permis de faire pas moins de 3000 dollars “d’économies” ce matin même); les CD (par exemple, le même CD de Cecilia Bartoli (le dernier, “Maria”), coûte 14 dollars ici et 20 euros en France… On peut rajouter dans le tas des choses qu’on ne trouve pas à Paris (comme le cream cheese et les bagels) et qui sont donc moins chères ici. Pour tout le reste, prévenez votre banquier que vous allez à New York, sinon on risque de vous bloquer la carte pour une “unusual activity”.
Contrairement à mon préjugé, il n’y a pas tellement de gratte-ciel à New York, seulement le quartier des bureaux downtown, et puis Times Square. Ce sont des endroits où une personne saine d’esprit ne s’aventure qu’en cas d’extrême nécessité (e.g. Century 21 juste en face de Ground 0). “Il y a des Sarah Jessica Parker partout”. Hum. Oui et non. Je ne l’ai pas vue en personne (you wish!), mais le parfum de Sex and the City survole certains quartiers… J’ai même failli prendre le tour sur les lieux de tournage de SATC (il paraît que ça vaut le coup, mais trouvez-vous une amie suffisamment sarcastique pour ne pas paraître désespérée) - sold out lui aussi des jours en avance. Ça fait quatre ans que des hordes de touristes font enrager les habitants du quartier tous les jours en venant s’asseoir sur le “porch” de la maison de Carrie Bradshaw (66 Perry street pour les intéressées).
La ville ne s’arrête jamais - c’est tout à fait vrai, et j’adore ça! Je vous fais venir le vent de la droite, mais je trouve ça génial que le 1er janvier des magasins soient ouverts, que vous puissiez acheter une crème à raser à la pharmacie en bas de chez-vous à 10h du soir, et que des gens puissent inventer des soirées de réveillon aussi originales que “trois heures de silence, yoga, thé vert et cookies japonais dans un super spa” (jusqu’à 1h du matin le 31, donc). Et aussi, les gens marchent beaucoup. Les trottoirs sont trois fois plus larges qu’à Paris, et en plus, il fait beau! Les rues sont ainsi animées par un flot ininterrompu de personnes vaquant à leurs occupations new-yorkaises… Comme je pensais, ils boivent bien leur café en marchant. Mais ils apprécient encore plus se poser dans un café avec un livre, un journal ou un Mac, et le savourer sur place. En revanche, il y a très très peu de café dans leur café, c’est surtout du lait chaud!
Pour les cheesecakes, ils sont effectivement très bons (meilleurs qu’à Paris, moins bons qu’à Tel Aviv), mon préféré revient à Barney Greengrass (541 Amsterdam Ave).
À retenir. Contrairement au cliché du "tout est moins cher aux USA", la plupart des choses coûtent à New York le même prix qu'à Paris une fois la city tax et les pourboires ajoutés — seuls les vêtements, les CD et certains produits introuvables à Paris (cream cheese, bagels) restent réellement avantageux.
Pour finir, mon dernier stéréotype: pour une raison quelconque, j’étais censée “adorer New York”. Ce fut le cas.
Mes adresses préférées à New York
Et voilà, c’est la dernière heure de l’année 2007 ici, et vous, vous êtes déjà en train de dormir en 2008! Je pars de New York demain… Et je promets, c’est le dernier post sur New York, je vais retrouver mon parisianisme militant dès mercredi!
Meilleur musée: le MOMA (vraiment excellent et très bien fait, contrairement au Met (où les collections sont assez fournies mais les salles sont un labyrinthe et un fourre-tout), au Guggenheim, ou encore au Whitney, où la tradition est d’enlever 90% des collections permanentes (réputées dans le monde entier) pour y disposer une expo (parfois) à la con.)
Meilleur spectacle de danse: American Ballet Theatre (la compagnie d’Alvin Ailey): danse contemporaine, chorégraphies intéressantes et danseurs excellents. Ne ratez pas “Revelations”, un grand classique de la troupe. La salle est hystérique. En revanche pour le New York City Ballet (celui de Balanchine), vérifiez bien avant d’y aller. Dans Casse-Noisette, Balanchine a enlevé 80% de la chorégraphie et en a fait un spectacle pour enfants. Alors, les adultes s’ennuient ferme!
Meilleur opéra: le Met, hors concurrence, malgré les mises en scène parfois poussiéreuses. La distribution est en général meilleure qu’à Paris. Si vous vous y êtes pris en retard et/ou vous n’avez pas beaucoup d’argent, essayez les “standing seats” - des places debout sont vendues à 10h le jour même du spectacle. 20 dollars en bas, 15 dollars en haut. On voit parfaitement bien.
Meilleur club de jazz: probablement le Village Vanguard ou le Blue Note, les deux sont des institutions historiques. Le service est un peu “get in and get out” (en gros, le set dure 1h15 et il faut dégager très vite car les suivants font déjà la queue devant la porte d’entrée). 35 dollars avec une boisson.
Meilleur quartier pour une promenade: Greenwich Village ex aequo avec East Village. Je suis très village, moi, surtout quand c’est dans une ville. Des petites (3-5 étages) maisons de briques adorables, des fire-escapes, des petits jardins, et des vieilles boutiques.
Meilleur magasin: vous l’aurez compris, Century 21. Et aussi, les boutiques du MOMA et du Museum of Arts and Design (juste en face), pour des cadeaux originaux.
Meilleur guide: le Time Out New York pour les sorties (ne sortez pas sans!), et le Zagat pour les restaurants (ne sortez pas sans!). Si quelqu’un peut m’expliquer pourquoi le Time Out n’existait pas à Paris à l’époque, je suis toute ouïe! Pour un guide en chair et en os, choisissez les Big Onion Tours (les tours organisés par le célèbre journal homonyme): c’est uniquement en anglais, uniquement à pied, et ça vaut vraiment le coup. Les guides sont en général des étudiants en thèse, et vous racontent plein de choses passionnantes de l’histoire du quartier. 15 dollars, 10 pour les étudiants.
Meilleure musique pour votre baladeur: An American in Paris de Gershwin et, bien sûr, New York State of Mind de Billy Joel.
Musées new-yorkais mis à part, ce séjour m’a aussi fait mesurer, par contraste, la richesse des collections d’art russe conservées dans les musées parisiens — une richesse qu’on ne perçoit vraiment qu’en la comparant à ce que propose une autre capitale.
Vingt ans après : ce voyage relu depuis Paris
Relire ce carnet de voyage vingt ans après son écriture, c’est mesurer à quel point certains constats de 2007 ont vieilli et d’autres non. Le MOMA reste une référence absolue, le Met continue de faire tourner ses standing seats à prix cassé, et Century 21 (le grand magasin discount de Lower Manhattan) a fermé définitivement ses portes en 2020, victime de la pandémie et de ses difficultés financières antérieures — une fermeture qui ferait sourire jaune la voyageuse de 2007, tant l’enseigne occupait de place dans ce récit.
Ce rapport à l’argent, à l’aisance et à l’ostentation n’est d’ailleurs pas propre aux Américains — j’y reviens régulièrement en analysant les chiffres officiels sur la présence russe en France, où les mêmes questions de perception et de stéréotype ressurgissent sous d’autres formes.
Le rapport franco-américain à l’argent, lui, n’a pas vraiment changé de nature : ce qui frappait déjà en 2007 — l’aisance avec laquelle les New-Yorkais assument de gagner et de dépenser, quand la culture française reste plus pudique sur le sujet — continue de structurer une bonne partie des malentendus culturels entre les deux pays. Ce que ce texte capture aussi, avec le recul, c’est un instantané d’avant les grands bouleversements : avant la crise financière de 2008 (qui a frappé les États-Unis quelques mois à peine après ce séjour), avant les réseaux sociaux qui ont depuis changé la manière de raconter un voyage, avant que “l’euro fort” évoqué dans l’article ne s’inverse dans les décennies suivantes. Un stéréotype de plus à ajouter à la liste initiale, finalement : celui qui veut que les choses ne changent jamais vraiment vues depuis l’extérieur — et qui, comme les autres, se révèle à moitié vrai, à moitié faux.
Cet article regroupe, en un seul texte, les quatre billets publiés entre décembre 2007 et janvier 2008 sur ce blog : l’annonce du départ, les deux volets « Stéréotypes » et le bilan de fin de séjour.
