Cela m’a fait mal de voir des fauteuils vides lors de cette représentation (le première d’une série de deux - vous le savez peut-être, mais plus on donne de spectacles, plus on perd d’argent dans le monde de l’opéra…) - je trouve ça déplorable et me pose des questions ! Primo, ça veut dire que le public limousin ne peut pas, seul, remplir cette salle pourtant pas grande et malgré des prix assez peu élevés. Secundo, le public régional n’a pas de quoi se payer un hôtel un vendredi soir (c’est pour ça d’ailleurs que dans la plupart des opéras de province il y a toujours des représentations le dimanche après-midi). Tercio, le public parisien est tellement gâté et saturé par l’offre culturelle de la capitale qu’une production d’un théâtre de province de très bonne qualité ne peut l’attirer. Et pourtant, ceux qui ont déjà essayé d’acheter des places pour une production d’opéra à Paris savent pourtant que, malgré l’offre foisonnante, si l’on veut voir un opéra populaire (j’entends par là les Barbier de Séville, *Traviata *et autres Aida) ou une nouvelle production d’un opéra rare, il faut vous y prendre des mois à l’avance. A titre de rappel, les meilleures places à l’Opéra Garnier coûtent 160 euros, et toutes celles en dessous de 40 ne sont franchement pas géniales (pour ce prix, vous aurez en général une très bonne vue sur la calvitie du spectateur assis devant vous, une vue partielle sur des morceaux de scène visibles à gauche et à droite de ladite calvitie, ou une vue partielle - torticolis en sus - des sous-titres).
Pourquoi je vous raconte tout ça ? C’est que je me suis dit la chose suivante : si on compare le prix des places équivalentes à l’Opéra de Paris (ou Théâtre des Champs-Elysées, ou le Châtelet) au prix des places dans un opéra de province (augmenté du prix de billets de train et - éventuellement - d’une nuit d’hôtel), on arrive à peu près au même montant. Alors, pourquoi ne pas choisir d’aller passer un week-end à Nancy (dont l’opéra est vraiment un des meilleurs en France), à Strasbourg ou, si vous voulez aller au soleil, à Bordeaux ou à Nice ? Dans la rubrique « 1h de train de Paris », vous avez également Lille ou Reims (ou j’ai vu récemment une très bonne production de Falstaff de Verdi).
Mis à part les histoires de prix et de disponibilité de places, il y a aussi autre chose : c’est que les opéras parisiens prennent souvent très peu de risques. On se retrouve alors avec des chanteurs que l’on connaît depuis des lustres (je généralise, Gérard Mortier, le directeur de l’Opéra de Paris, est au contraire très décrié pour ses prises de risques très nombreuses, que ce soit dans le choix des œuvres ou des artistes!). Les opéras de province, quant à eux, ont des budgets plus serrés, mais aussi une marge de manœuvre plus élevée : ils peuvent souvent se permettre de miser sur un metteur en scène ou un chanteur inconnu, car le public est plus indulgent. Les artistes confirmés aiment bien y faire des prises de rôles (effectivement, si on se plante à Marseille, c’est moins retentissant et on peut rattraper le coup ; et si on ne se plante pas, le public a droit à quelques heures exquises !). Pour résumer, oui, des fois, ça peut être mauvais. Rarement, très mauvais. Mais on a toujours le plaisir de découvrir un artiste, ou une œuvre (car les opéras de province montent souvent des œuvres peu connues ou peu populaires qui ne pourraient pas être montées dans les grandes salles parisiennes faute d’un nombre suffisant de spectateurs) ! Et puis, si vous y passez le week-end, un opéra raté ne le gâchera pas, et un opéra réussi ne fera que l’améliorer encore plus !
Je vous ai donc concocté une petite sélection d’opéras à voir en province - des idées pour vos week-ends !
Je suis allée, hier, à la première de Don Quichotte de Massenet à l’Opéra de Limoges (je dois en faire une critique pour une revue d’opéra). La représentation fut vraiment excellente, et je ne puis m’empêcher - non de reprendre ma critique, mais de me livrer à quelques réflexions concernant l’art lyrique en France… et de vous donner quelques conseils pour vos week-ends en province !
| Ville | Opéra | Dates | Pourquoi y aller |
|---|---|---|---|
| Avignon | L’Elisir d’Amore (Donizetti) | 9 et 11 mars | Amel Brahim-Jelloul, une chanteuse à suivre |
| Avignon | Norma (Bellini) | 15 et 17 juin | Hasmik Papian et Sophie Koch, toutes deux remarquables |
| Bordeaux | Scènes et madrigaux (Monteverdi) | — | Spectacle déjà présenté au festival d’Aix-en-Provence |
| Bordeaux | La Chauve-Souris (J. Strauss fils) | 22, 24, 25, 27, 29 juin | Cécile Perrin très intéressante |
| Caen | Giulio Cesare in Egitto (Haendel) | 6 et 8 mars | Co-production avec l’Opéra de Nancy, distribution française d’excellence |
| Lille | Thésée (Lully) | 11, 13, 15, 17 mars | Emmanuelle Haïm (direction), Jean-Louis Martinoty (mise en scène) |
| Lille | Rigoletto (Verdi) | 7 au 25 mai | Stefano Antonucci en Rigoletto |
| Lyon | La Dame de Pique (Tchaïkovski) | jusqu’au 5 février | Distribution russe vraiment excellente |
| Lyon | A Midsummer Night’s Dream (Britten) | 3 au 13 avril | Mise en scène de Robert Carsen |
| Marseille | L’enfant et les Sortilèges (Debussy) | — | Mise en scène de Moshe Leiser et Patrice Caurier |
| Marseille | Porgy and Bess (Gershwin) | — | Nouvelle production signée Montalvo/Hervieu |
| Nancy | Le Barbier de Séville (Rossini) | — | Nigel Smith (Figaro), production charmante |
| Nancy | The Midsummer Night’s Dream (Britten) | 20 au 28 juin | Mise en scène d’Omar Porras |
| Nice | Le Nozze di Figaro (Mozart) | 22 au 28 février | Anne-Catherine Gillet et Helena Juntunen en alternance |
| Reims | Cendrillon (Laruette) | 3 avril | Un ouvrage du XVIIIe siècle ressuscité |
| Toulon | Jenufa (Janáček) | 22, 24, 26 février | Mise en scène de Jean-Louis Martinelli |
| Toulouse | Il Turco in Italia (Rossini) | — | Nouvelle production, Lawrence Brownlee |
| Toulouse | Les Contes d’Hoffmann (Offenbach) | — | Désirée Rancatore, Inva Mula, Karine Deshayes |
Conseil. Comparez le prix d'une soirée à l'Opéra Garnier (jusqu'à 160 euros pour les meilleures places) au coût d'un aller-retour en train plus une place en province : le calcul est souvent à l'avantage du week-end lyrique hors de Paris — et vous découvrez au passage des maisons qui prennent plus de risques artistiques.
Ouf, je crois que j’en ai mis trop… mais je n’ai même pas cité tout le monde, et encore moins tous les spectacles intéressants ! Le plus simple pour recherche une date de représentation, c’est le site www.operabase.com - c’est une base de données très fournie et toujours à jour.
J’espère que je vous ai convaincus, et sinon, on discute dans les commentaires !
