La decouverte d’un OVNI litteraire
Nouvelle lecture, cette fois-ci en anglais : A Concise Chinese-English Dictionary for Lovers de Xiaolu Guo (« Petit dictionnaire amoureux anglais-chinois pour amants » dans la traduction francaise). Curieusement, c’est a Bruxelles que j’ai entendu parler de ce livre pour la premiere fois, il y a presque un an : le cercle d’expats y fait fleurir quelques librairies ou l’on trouve beaucoup de livres etrangers « en vo ».
A Concise Chinese-English Dictionary etait alors un OVNI : comment, la langue de Shakespeare deformee et maltraitee par une Chinoise sortie de nulle part ! Mais le livre s’est accroche et a trouve ses lecteurs (et l’editeur, ses ventes). La sortie de la traduction francaise m’a donne envie de le lire… en anglais.
Ce que dit la quatrieme de couverture : « Roman d’initiation hilarant, ingenieux et attachant ecrit dans un anglais de debutant (!), journal intime satirique et sentimental d’une Orientale epatee et deboussolee par les travers de l’Occident, mais aussi lexique grave, impetueux, aigre-doux et revolte a l’image de sa personnalite, le Petit dictionnaire amoureux Anglais-Chinois apporte bien des definitions nouvelles aux paradoxes d’un monde multiculturel. »
Un anglais libre et colore
Qu’est-ce que ca donne ? Un livre drole et vivant — on sent comment vit, liberee des contraintes de la grammaire, cette matiere qu’est la langue. D’un langage assez basique au debut, le style evolue peu a peu vers un anglais plus aise mais toujours aussi colore.
Colore, car Z, l’heroine du livre, reflechit souvent en metaphores. Elle observe cette societe etrange qu’est la notre, mais l’interet du livre n’est pas (ou pas seulement) la : on en apprend presque plus sur sa culture a elle, et, a travers le decoupage que Z fait du langage, de sa facon de voir le monde.
Le theme de « l’etranger dans un pays etranger » n’est pas nouveau dans la litterature ; cependant ici la realisation vaut le detour. Ce livre n’est pas seulement une histoire d’amour multiculturel (ce serait trop banal), mais un bref regard par le trou de la serrure, ou l’on apercoit ce qui se passe dans les tetes de nos amis les Anglais et de nos amis les Chinois, et ou l’on apprend ce qui ne peut pas etre compris entre les amants les plus tendres.
Quelques extraits savoureux
Pour les anglophones, et tous ceux a qui leur anglais permettrait de lire ce livre sans efforts — c’est-a-dire la majorite :
Why not eat ? — I am a vegetarian, — you say picking up little bit rice. — This menu is a zoo. Vegetarian means you don’t eat meat. Now I understand why never buy piece of meat. I thought it is because you poor.
Everybody in the party laughs.

*— I think Asian people have a great sense of humour, — you say. — No, we don't, — I clarify. — Why not? You and Yoko make everybody laugh all the time. — No. We Chinese don't understand humour. We look funny just because the culture difference, and we just being too honest, — I say. — Yes, when you say things very honest, people think you are funny. But we stupid, — Yoko adds. (…) Humour is a Western concept.* *Your friends look at us three Orientals, like look at three panda escape from bamboo forest.*
The train takes us to Wales. It is our first holiday together. It feels fresh. We should have done this long ago, we should have done this before we started fighting, before everything fell apart. Now I know why there are so many holidays in the West.
Verdict : faut-il le lire ?
Je vous le recommande, si vous etes curieux de connaitre d’autres cultures, si vous etes a la recherche d’une lecture pas tres compliquee mais pas mauvaise, ou bien si vous avez deja vecu la situation d’etre perdu dans une ville inconnue sans une seule cle pour comprendre ses habitants.
Je vous conseille vivement de le lire en anglais ! Tout le sel du roman reside dans cette langue approximative, colore et libre, qui est le veritable personnage du livre. La traduction francaise, malgre ses qualites, ne peut que partiellement restituer ce charme unique.