Sean Penn derriere la camera
J’ai eu un tel coup de coeur pour Into the Wild que je ne puis m’empecher de vous en toucher mot. Quatrieme film de Sean Penn en tant que realisateur (comme a son habitude, il en est egalement scenariste et producteur), Into the Wild retrace l’aventure d’un jeune diplome qui lache tout pour partir a la recherche de la verite.
D’emblee, cela sonne pretentieux, moralisateur — on va nous parler de notre societe decadente —, assommant… Il n’en est rien. Car Into the Wild est de ces films qui divisent : combien d’avis negatifs ai-je entendu ? On peste contre ce jeune homme qui bousille sa carriere et sa vie, contre la duree du film…
Et pourtant, je l’ai trouve puissant, long juste ce qu’il faut pour decrire une vie. Sean Penn n’est pas un de ces acteurs qui se mettent a la mise en scene juste parce qu’ils s’ennuient. Lui a une vraie vision — il a eu le temps de la faire murir, cela fait plus de 10 ans qu’il avait l’idee de ce film — qui donne au film un souffle, un mouvement, une ame.
Une photographie a couper le souffle
Emile Hirsch incarne Christopher McCandless
Le chef de la photographie est un Francais, Eric Gautier, deja connu pour son travail dans Les Carnets de Voyage. Il trouve une maniere de filmer differente a chaque changement de paysage, et pourtant, on sent qu’on reste toujours dans le meme pays.

La ressemblance avec Carnets de Voyage ne s’arrete pas au nom du chef de la photographie : deux voyages initiatiques, deux jeunes enflammes par une idee… Mais si Che Guevara etait mu par le desir de faire des rencontres, Alexander, lui, cherche surtout a etre seul — et fait des rencontres malgre lui.
Sur le fond : une vie gachee ?
Un road trip a travers l’Amerique profonde
J’avais peur de detester cette histoire — j’ai toujours du mal avec les histoires de vies gachees. Mais la vie de Christopher McCandless (ou, comme il se fait appeler, Alexander Supertramp) n’a rien d’un ratage. On le sent destine a autre chose, et le fait que cet autre chose se termine si tot et de facon si tragique nous semble presque normal, dans la logique des choses.
A lui seul, il incarne nos desirs, nos reves, nos revoltes avortees, nos cauchemars aussi. Il est vrai, on accroche ou on n’accroche pas ! Pour ma part, je n’ai toujours pas decroche, ce film s’est imprime sur ma retine, et je continue a voir le monde a travers.
Les acteurs
Emile Hirsch est tres juste, tres frais — il n’avait que 22 ans et semble bouleverse par ce qui arrive a son personnage. Quelques roles secondaires superbement distribues : Kristen Stewart, transparente, cristalline en jeune chanteuse hippie ; Hal Holbrook en vieux monsieur qui a encore tant a vivre ; et tant d’autres.

Faut-il voir ce film ?
Trois fois oui. On ne peut pas cataloguer les gens comme ceux a qui il plait et ceux qui s’ennuient. Tentez le coup ! 5 etoiles sur 5, sans hesitation.
Into the Wild en 2026
Pres de vingt ans apres sa sortie, Into the Wild est devenu un film culte, un de ceux qui continuent d’inspirer des generations de voyageurs et de reveurs. Le « Magic Bus 142 » ou McCandless a vecu ses derniers jours en Alaska est devenu un lieu de pelerinage si dangereux qu’il a ete deplace par les autorites en 2020.
Le film pose des questions qui restent brulantes : le materialisme, le besoin de nature et de solitude, le prix de la liberte absolue. Sean Penn a signe une oeuvre intemporelle, magnifiee par la bande originale d’Eddie Vedder qui est elle-meme devenue un classique.