Un pionnier oublie de la photographie
J’ai toujours aime la photographie du XIXe et du debut du XXe siecle : les premiers daguerreotypes, les photos en sepia, ces traces d’une vie disparue, ces visages fins et expressifs m’hypnotisent. Aussi me suis-je precipitee pour voir la nouvelle exposition au Musee d’Orsay consacree au photographe Leon Gimpel : « Les audaces d’un photographe ».
Leon Gimpel est un pionnier oublie : contrairement a ses confreres Eugene Atget ou Henri Lartigue, Gimpel est tombe dans les oubliettes. Et pourtant, il avait du genie.
Technique et art : les innovations de Gimpel
Techniquement, Gimpel etait en avance sur son temps : des photographies sur des plaques en verre, les premiers autochromes (des photos en couleurs au debut des annees 1910, delicieuses !), les premiers reportages photo pour la presse.
Artistiquement, son regard etait unique : des mises en scene etudiees, comme cette « Guerre des gosses » filmee pendant la Grande Guerre ou les enfants « jouent » des scenes de guerre dans les ruines des immeubles parisiens. Des prises de vue inventives : il est le premier photographe a embarquer sur un dirigeable pour immortaliser Paris vu du ciel. Une precision rare et un interet presque sociologique pour l’actualite.
Biographie : de Strasbourg a L’Illustration
Quatrieme enfant d’une famille juive de Strasbourg, Gimpel demenage avec toute la famille a Paris apres la perte de l’Alsace en 1870 et commence a faire de la photo a l’age de 24 ans, avec un appareil Belek, puis avec un Spido Gaumont.

En 1900, il devient photoreporter professionnel, envoie deux photos au journal L’Illustration — elles sont publiees quelques jours plus tard ; s’en suivra une collaboration de plus de 30 ans. Pour L’Illustration, Gimpel immortalise les progres de l’aeronautique, les visites des dirigeants (dont celle de Nicolas II et de l’imperatrice Alexandra), les premiers jours de la Grande Guerre, mais aussi les premiers neons de Paris, les fetes populaires et la vie quotidienne des Parisiens.
Plus qu’un temoin de son temps, Leon Gimpel est un vrai artiste visionnaire. On notera en passant le style kitchissime des Galeries Lafayette de l’epoque, mais aussi le raffinement et la beaute de l’eclairage de la Tour Eiffel en 1925, bien meilleur qu’aujourd’hui.
L’exposition au Musee d’Orsay
Cette exposition, faite en collaboration avec la Societe Francaise de Photographie, etait plus que meritee. Parmi les 3800 cliches legues a la SFP par la femme du photographe, 180 sont exposes a l’aide d’un dispositif special (les plaques en verre sont tres difficiles a proteger) ; 150 autres sont projetes en format numerique sur un des murs de l’exposition.

Si vous vous interessez a la photographie de la Belle Epoque, les archives de la Societe Francaise de Photographie continuent de reveler des tresors meconnus de Leon Gimpel et de ses contemporains. Le Musee d’Orsay consacre regulierement des expositions a cette periode charniere de l’histoire de la photographie.
Informations pratiques



| Information | Details |
|---|---|
| **Exposition** | Leon Gimpel (1873-1948), les audaces d'un photographe |
| **Lieu** | Musee d'Orsay, Paris |
| **Dates** | Jusqu'au 27 avril 2008 |
| **Oeuvres exposees** | 180 tirages + 150 projections numeriques |
| **En collaboration avec** | Societe Francaise de Photographie |
| **Note** | ★★★★☆ (4/5) |