Une vraie decouverte
Encore un effort surhumain (interrompre ma sieste bercee par le son de la pluie du samedi) et encore une expo : la premiere retrospective en France de Saul Leiter, a la Fondation Cartier-Bresson. Photographe new-yorkais ne en 1923 a Pittsburgh, mondialement reconnu aujourd’hui mais toujours discret, Saul Leiter est une vraie decouverte que je vous conseille de faire.
Fils de rabbin, photographe de l’ombre
Fils de rabbin, il etait destine a des etudes religieuses. Mais a 13 ans, sa mere lui offre son premier appareil photo. C’est le declic, car Saul Leiter est ne photographe. Observateur, il pratique son art en cachette, incompris et ignore par son pere.
Plus tard, a New York, il continue a sillonner avec son appareil photo les rues du quartier d’East Village ou il habitera toute sa vie.
Snow, New York, circa 1960 © Saul Leiter / courtesy Howard Greenberg Gallery
Le regard de Saul Leiter : reveler l’ignore
« Etre ignore, c’est un grand privilege », dit Saul Leiter. Prive de toute ambition, il ne cherche pas la gloire, si bien que son oeuvre a ete oubliee pendant pres d’un demi-siecle ou il n’etait connu qu’en tant que photographe de mode.

Se sentir ignore lui donne la chance de ne pas ignorer les autres : avec son objectif, il attrape une silhouette dans le mouvement de la foule, dans le flou d’une rue enneigee, dans la solitude d’un cafe desert, et en fait une figure centrale. Ou pas. Car il ne connait jamais d’avance le centre de gravite de ses photos : il agit a l’instinct, appuie sur le declencheur sans se poser de questions de composition.
Son pouvoir, c’est de reveler ce qui est ignore.
Le jeu des titres
La meilleure maniere de regarder ses photos : ne jamais lire le titre avant d’avoir regarde la photo. Cherchez. Devinez. Puis regardez le titre.
-
Deux vieilles pauvrement vetues parlent en marchant ? — « Politics » (et on sourit)
-
Un homme assis dans un cafe, devant une tasse vide, l’air desespere ? — « Thanksgiving » (et on s’imagine l’histoire de cet homme que personne n’attend)
-
Un coin de rue en contre-plongee, une silhouette emmittouflee, la neige qui tombe ? — « Begging » (et on est envahi par le sentiment d’humiliation de tendre la main et de n’y voir tomber que des flocons)
Ce pouvoir d’evocation est unique chez Saul Leiter.
© Saul Leiter / courtesy Howard Greenberg Gallery

Un style unique : cache de la vue de tous
On devine sa personnalite a travers ses cliches : jamais il ne photographie le ciel, un gratte-ciel, un arbre — son objectif est toujours au ras du sol ou en contre-plongee. Ses sujets de predilection : les pieds, les silhouettes de dos, les reflets.
Il cree cache de la vue de tous : sous un abri, derriere une porte, a travers les escaliers, du haut d’un balcon. Il me rappelle curieusement Grigory Sokolov, pianiste genial qui salue toujours en se cachant derriere son piano — une scene qui m’emeut a chaque concert.
Noir et blanc, couleur : un New York des annees 50
Les cliches en noir et blanc et ceux en couleur sont separes mais datent des memes annees : on reconstruit alors peu a peu les formes et les couleurs de ce New York des annees 50. Il a l’air parfois desert, souvent dur, parfois absent, mais toujours dans l’air.
Infos pratiques
** Fondation Henri Cartier-Bresson**
-
Adresse : 2 impasse Lebouis, 75014 Paris
-
Metro : Gaite, Edgar Quinet
-
Horaires : Mardi-dimanche 13h-18h30, samedi 11h-18h45
-
Nocturne : Mercredi jusqu’a 20h30 (gratuit)
-
Ferme le lundi
** Note : 5/5**
-
Type : Retrospective photographique
-
Artiste : Saul Leiter (1923-2013)
-
Style : Photographie de rue, New York, couleur et noir et blanc
-
Points forts : Pouvoir d’evocation unique, titres revelateurs, modernite des couleurs
-
Conseil : Regarder chaque photo AVANT de lire son titre