Que sait-on de Babylone ?
La Tour de Babel, les Jardins de Semiramis (encore faut-il deja savoir les situer a Babylone), l’ecriture cuneiforme, le Talmud de Babylone, le Code d’Hammurabi pour les juristes… guere plus ! L’exposition au Musee du Louvre nous plongeait dans les cinq millenaires de l’histoire babylonienne, a travers l’archeologie, la litterature, la peinture, l’histoire, le theatre et la musique.
L’exposition s’articulait en trois parties :
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La partie archeologique (comptez au moins 1h30) : les vestiges de la civilisation babylonienne
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La partie legendaire (environ 1h) : Babylone dans l’imaginaire collectif
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La redecouverte par les fouilles (30 min) : les campagnes archeologiques du debut du XXe siecle
Une civilisation eblouissante
Au-dela de l’aspect artistique, c’est surtout par son eclairage civilisationnel que l’exposition revelait la societe de Babylone. On y decouvrait une civilisation eblouissante et incroyablement moderne :
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Un systeme legal sans egal : le fameux Code d’Hammurabi (1750 av. J.-C.), l’une des lois ecrites les plus anciennes et sans doute le plus celebre des codes de lois de l’Antiquite. Mais aussi des jugements, des contrats, des feuilles d’impots de douane…
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Les sciences : cartes sur tablettes d’argile, textes d’astronomie, horoscopes (comment sera le destin de votre enfant s’il nait quand Venus vient d’apparaitre)
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Une religion elaboree : comparez le recit du deluge babylonien avec celui de la Bible, et vous serez surpris par les similarites
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Une culture litteraire phenomenale : chroniques, poemes, mythes, hymnes - le tout soigneusement traduit en francais
Ajoutez-y bijoux, statuettes, morceaux de colonnes, vases - bref, toutes ces epaves d’une civilisation echouee sur les rives de l’histoire - et vous obtiendrez une impression saisissante de ce que fut Babylone.
Babylone dans l’imaginaire collectif
La deuxieme partie de l’exposition etait interessante a plusieurs egards, a la fois par les oeuvres qu’elle contenait et pour ce que ces oeuvres racontent de Babylone - ou, plutot, de ce que les hommes pensaient, savaient, revaient de Babylone a differentes epoques.
Des ecrits de l’historien Flavius Josephe aux manuscrits de Saint-Augustin, des chroniques russes aux enluminures du Moyen Age, Babylone est omnipresente. Les ecrivains (Voltaire), les historiens, les peintres (de Bruegel l’Ancien a Edgar Degas en passant par Delacroix), les musiciens (Rossini, Verdi) - tous se sont penches sur les mythes babyloniens, qu’il s’agisse de Semiramis, de Nabuchodonosor, de Sardanapale ou de la Tour de Babel.
La troisieme partie evoquait les fouilles du debut du siecle dernier faites par les Allemands, interessante bien que sans commune mesure avec les deux parties precedentes.

Faut-il y aller ?
J’y suis allee avec quelqu’un qui ne savait r-i-e-n sur Babylone et avait sillonne le Louvre a la recherche de la Joconde a la vitesse grand V en jetant des “ca ne m’interesse pas” a 90% des collections du Louvre. Et bien, cette personne est ressortie enchantee de l’exposition Babylone et m’a remerciee mille fois de l’y avoir entrainee. — Une Russe a Paris
Tres pedagogique, cette exposition permettait de passer du stade “connaissance zero” au stade “j’adore, j’ai appris plein de trucs et veux en savoir plus”. Seule condition : y consacrer un bon moment, ce n’etait pas une de ces expositions grand public que l’on visite en 40 minutes !
L’heritage de Babylone
Bien que l’exposition originale soit terminee depuis longtemps, l’interet pour Babylone n’a jamais faibli. Le Musee du Louvre conserve dans ses collections permanentes certaines des pieces les plus emblematiques de la civilisation babylonienne, dont la celebre stele du Code d’Hammurabi, visible dans le departement des Antiquites orientales.
Les decouvertes recentes continuent d’enrichir notre comprehension de cette civilisation. Les tablettes cuneiformes, dont des milliers restent encore a dechiffrer dans les musees du monde entier, revelent regulierement de nouveaux aspects de la vie quotidienne, du commerce et de la pensee babylonienne.

| Repere | Detail |
|---|---|
| Periode | Environ 2300 av. J.-C. - 539 av. J.-C. |
| Localisation | Mesopotamie (actuel Irak) |
| Code d'Hammurabi | Vers 1750 av. J.-C., 282 articles |
| Tour de Babel | Ziggourat d'Etemenanki (detruite) |
| Jardins suspendus | L'une des 7 merveilles du monde antique |
| Au Louvre | Departement des Antiquites orientales |
La tour de Babel : mythe et réalité
La section consacrée à la tour de Babel est fascinante. L’exposition confronte le mythe biblique aux découvertes archéologiques : les ziggurats mésopotamiennes, ces tours à étages qui ont probablement inspiré le récit de la Genèse. La ziggurat de Babylone, l’Etemenanki (« la maison de la fondation du ciel et de la terre »), mesurait probablement 90 mètres de haut — un gratte-ciel de l’Antiquité.
Ce qui m’a frappée, c’est la façon dont le mythe a survécu à la réalité. Personne ne connaît l’Etemenanki, mais tout le monde connaît la tour de Babel. C’est la puissance du récit sur le fait — une leçon que les musées du monde entier devraient méditer.
Le code d’Hammurabi : la justice il y a 4000 ans
L’autre pièce maîtresse de l’exposition est le code d’Hammurabi — l’un des plus anciens textes de loi connus, gravé sur une stèle de basalte noir de 2,25 mètres. Le voir en vrai, après l’avoir étudié dans les livres, est une expérience saisissante. Ces 282 lois, gravées dans la pierre il y a près de 4 000 ans, couvrent le droit de la famille, le commerce, l’agriculture, la médecine.
Certaines lois nous semblent barbares aujourd’hui (« si un homme crève l’œil d’un autre homme, on lui crèvera l’œil »), d’autres sont étonnamment modernes (la protection des femmes et des enfants, la réglementation des prix). C’est un rappel salutaire que la civilisation n’est pas un progrès linéaire.
L’héritage mésopotamien dans la culture russe
Ce que peu de visiteurs savent, c’est que la Russie possède l’une des plus importantes collections d’objets mésopotamiens au monde. Le musée de l’Ermitage à Saint-Pétersbourg conserve des milliers de tablettes cunéiformes et d’objets archéologiques rapportés par les missions russes en Irak et en Syrie au XIXe siècle.
Enfant, j’ai vu ces objets dans les vitrines de l’Ermitage sans comprendre leur importance. Cette exposition au Louvre m’a permis de les replacer dans leur contexte — et de mesurer l’extraordinaire richesse de la civilisation qui les a produits.
Consultez aussi ma critique de Jan Fabre au Louvre pour un autre regard sur ce musée.
Les jardins suspendus : le plus grand mythe de l’Antiquite
La section la plus fascinante de l’exposition est consacree aux jardins suspendus de Babylone — l’une des sept merveilles du monde antique, et la seule dont l’existence n’a jamais ete prouvee archeologiquement. Les jardins sont-ils un mythe pur, une exageration de voyageurs grecs, ou une realite disparue ? L’exposition presente les arguments des deux camps sans trancher — et c’est ce qui la rend passionnante.
Les reconstitutions 3D proposees par le Louvre donnent le vertige : des terrasses vegetalisees s’elevant a 25 metres de hauteur, irriguees par un systeme hydraulique ingenieux, dans un desert mesopotamien brulant. Mythe ou realite, l’image est sublime.
Conseils pratiques pour le Louvre
Si vous prevoyez de visiter le Louvre — pour cette exposition ou pour une autre — voici les conseils d’une habituee :
- Venez le mercredi ou le vendredi soir (nocturne jusqu’a 21h45) — c’est le moment le plus calme de la semaine
- Entrez par le passage Richelieu (rue de Rivoli) au lieu de la pyramide — file d’attente divisee par trois
- Limitez-vous a une aile par visite — le Louvre est trop grand pour etre vu en une journee
- Terminez par le Cafe Marly sous les arcades — c’est cher mais la vue sur la pyramide illuminee est magique