Premiere impression : l’affiche trompeuse
Vous avez peut-etre apercu cette affiche dans le metro parisien — un petit agneau dore, tout mignon. Detrompez-vous : l’exposition L’Ange de la Metamorphose de Jan Fabre au Musee du Louvre est tout sauf mignonne. Au contraire, les installations furent probablement les plus derangeantes que j’aie jamais vues dans un musee.
L’entree de l’exposition : une armure desarticulee, encore inoffensive
Attires par le petit chevreau dore, les visiteurs penetrent dans l’exposition. Ils sont accueillis par une armure desarticulee dont les pieces ont ete suspendues dans les airs. Ils font un pas de plus. Et la…
Un ver geant rampant a travers les tombes de peintres — grandeur nature
L’univers macabre de Jan Fabre
L’animal fetiche de Jan Fabre, ce n’est pas le scarabee egyptien — c’est le bousier. Fabre est fascine par le pourri, le macabre, le rampant. Bref, par tout ce envers quoi nous eprouvons, de par notre education occidentale judeo-chretienne, une repulsion profonde et inexplicable.
Sur la photo ci-dessus, un ver rampant a travers des tombes de peintres. Grandeur nature — environ 10 metres sur 5, avec du vrai marbre et un gros faux ver en silicone. Comme si cela ne suffisait pas, le ver siffle en neerlandais quelque chose comme « je veux sortir de l’etau de l’histoire ». Conceptuellement interessant, mais mon estomac commencait a protester.
Les oeuvres marquantes
Un cercueil en ecailles de bousier, surmonte d’une tete de paon

Meme le communique de presse du Louvre se montre avare de photos : les cliches sont pris d’un angle qui masque la totalite de l’oeuvre. Comme pour ce joli paon… que vous ne voyez pas monte sur un cercueil en ecailles de bousier, avec quatre petites pattes de paon et une queue.
Suivent des cerveaux, des tetes de mort serrant des rongeurs dans leurs dents, divers objets en bousier, des tetes de hiboux avec des yeux-protheses humains… Apres tout cela, le ver sur les tombes semblait presque sympathique — un peu comme si l’on tombait, dans une exposition de Bacon, sur une oeuvre de Fragonard.
La balustrade aux pigeons : seul coup de coeur
La seule oeuvre qui m’a veritablement seduite : les pigeons et les rats envahissant une balustrade du Louvre. Des pigeons en verre de Murano, colores par l’encre de Bic, defequant sur la balustrade. Meme au-dela de 15 secondes de scrutation intense, impossible de trouver les rats. Et tous seuls, les pigeons sont presque delicieux.

Les crottes de pigeon font partie du quotidien de tout Parisien — c’est peut-etre pour cela que j’etais moins choquee. Cette balustrade souillee par le verre de Murano reste la seule oeuvre qui vaille le coup d’etre vue par les ames trop sensibles.
Le verdict
Dans la mesure ou l’exposition etait gratuite (comprise dans le billet du Louvre), autant y passer pour mesurer sa reaction face a un art contemporain hors normes. Si certaines oeuvres ne paraissent pas derangeantes, lisez le carton d’accompagnement avec les materiaux utilises. En revanche, si ce que vous vouliez, c’est admirer les maitres flamands, passez votre chemin — de peur de croiser le regard d’un hibou-garou vous fixant d’une prothese oculaire moqueuse.
** Note : 2/5**
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Concept : Provocateur et intellectuellement stimulant
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Execution : Techniquement impressionnante
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Point fort : La balustrade aux pigeons en verre de Murano
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Point faible : Repulsion physique pour le visiteur non averti