Un 1er mai au cinema : le choix du fugu
Qu’a-t-on envie de voir un 1er mai, en ce jour du travail? Et bien, comme pour beaucoup de boeufs travailleurs qui ont courbe leur dos depuis lundi dans des endroits tristes et sans ame, le 1er mai fut pour moi l’occasion de prendre enfin tranquillement mon petit-dej en feuilletant mon Elle Le Debat, Le Debat bien sur (“Moyen-Orient : l’engrenage des meprises”) et de reposer et de divertir mon cerveau par des taches autrement plus excitantes que celles dont je le charge au bureau.
Hier soir, j’avais donc sur ma balance de sorties cine “le nouveau Fassbinder, super premier film allemand sur la violence conjugale ou c’est la meuf qui tape son mari de flic, tu verras c’est renversant” (j’ai nomme L’Un contre l’autre de Jan Bonny) et le “dernier Agatha Christie avec Pierre Arditi et plein d’autres acteurs, que si vous avez aime L’Heure Zero et ben vous aimerez aussi” (j’ai nomme Le Grand Alibi de Pascal Bonitzer, l’objet du present post).
Le probleme avec le premier film (a voir quand meme), c’est qu’avec ce genre d’oeuvres, il y a effectivement une chance que ce soit renversant, mais il y a aussi un enorme risque de passer un tres mauvais moment. C’est un peu le fugu de la cinematographie (vous savez, ce poisson japonais qui, s’il n’est pas decoupe correctement au microne pres, provoque une grave intoxication dont vous avez 99,9% de chances de perir). Ne voulant pas perir au cinema un jour de fete, mais aspirant simplement a un service minimum syndical cinematographique, j’ai donc prefere Le Grand Alibi.
Pourquoi? Et bien, parce que 1) j’adore Agatha Christie; 2) j’avais beaucoup aime L’Heure Zero, derniere ecranisation en date d’un Agatha Christie; 3) les films dits “choraux” permettent, d’un cote, de revoir les vieux acteurs qu’on aime bien - Pierre Arditi, Miou Miou et Valeria Bruni-Tedeschi dans ce cas; et, d’autre part, de decouvrir les nouveaux visages du cinema francais de demain.
L’histoire : un meurtre chez le senateur
L’histoire: un psychologue connu au charisme ravageur (Lambert Wilson - il faut aimer Lambert Wilson pour lui trouver un charisme ravageur, mais bon) est assassine dans la maison d’un senateur (Pierre Arditi). Ce n’est pas l’intrigue la mieux ficelee d’Agatha Christie, mais ca se regarde.
Le roman original de 1946, Le Creux (The Hollow), est un mystere de meurtre classique dans une maison de campagne de Christie, que Bonitzer transpose d’Angleterre en France. Lorsque le beau psychiatre Pierre Collier (Lambert Wilson) arrive pour le week-end chez le senateur Henri Pages (Pierre Arditi), accompagne de sa femme Claire (Anne Consigny), il se retrouve a partager les lieux avec deux de ses maitresses - l’une actuelle, l’autre ancienne - ainsi que Lea Mantovani (Caterina Murino), un ancien amour devenu depuis une star de cinema. Il semblerait meme que la femme de Pages, Eliane (Miou-Miou), ait ete une ancienne conquete.
Naturellement, Collier finit par mourir. L’inspecteur Grange (Maurice Benichou) est appele a resoudre le mystere et la majeure partie de l’action, y compris la vengeance du tueur, se deroule a Paris.
La realisation : Bonitzer entre art et essai et polar
La realisation. Il faut dire que Pascal Bonitzer, au depart, est un realisateur classe “art et essai” (vous avez peut-etre vu “Rien sur Robert” et “Petites coupures”). Il s’essaye ici dans un tout autre genre, mais y apporte ses outils habituels.
L’inconvenient, c’est que l’intrigue se dilue en faisant place a un film psychologique, on commence a attacher beaucoup plus d’importance aux personnages et a la maniere de les filmer, et a la limite on oublierait presque qu’il y a eu un meurtre. En meme temps, si j’avais su que c’etait Pascal Bonitzer qui avait adapte “Ne touchez pas la hache” de Jacques Rivette, je m’en serais mefiee.
Le film ne devient dynamique que dans sa toute derniere partie (formidable, d’ailleurs), lors d’une course-poursuite sur les toits de Paris, une sorte de “Hitchcock dans le 11e arrondissement”.
Les acteurs : la grande reussite du film
L’avantage, c’est que, en renoncant a privilegier l’intrigue, Bonitzer permet aux acteurs - meme a de tout petits roles - de se reveler pleinement.
J’ai ainsi (re)decouvert, pour mon plus grand plaisir :
-
Mathieu Demy (que j’ai vu une seule fois, il y a plus de 10 ans, dans “Jeanne et le garcon formidable”) - avec ses faux airs d’Yvan Attal
-
Celine Sallette, tres interessante et qui commence tout juste son chemin d’actrice apres pas mal de petits roles (voire de roles de figurante) dans de tres bons films
-
Anne Consigny, parfaite en blonde hitchcockienne aux escarpins en daim noir (et dire que je l’avais completement laisse passer dans “Le Scaphandre et le papillon”)
-
Caterina Murino (c’est elle la superbe brune qui se laisse seduire par Daniel Craig dans Casino Royale et que l’on retrouve assassinee ensuite - toujours aussi belle, mais pas a l’aise en francais)
-
Agathe Bonitzer, la fille du realisateur, que j’ai trouve excellente (va savoir pourquoi, elle me rappelle Ludivine Sagnier dans “8 femmes”). C’est probablement celle dont je suivrai la carriere de plus pres!
Pour les autres, Arditi fait du Arditi, Bruni-Tedeschi fait du Bruni-Tedeschi (rien de nouveau sur ce plan-la, mais je les aime quand meme), et Miou Miou innove dans un role d’hotesse inquiete et sagement folichonne.
Verdict : faut-il aller voir ce film ?
Faut-il aller voir ce film? Une sorte de compromis rate entre le polar classique et le film d’auteur, Le Grand Alibi n’en reste pas moins un film interessant dont la reussite doit beaucoup aux acteurs. Vous voila prevenus de ses defauts (n’y allez pas si vous cherchez de l’action ou une intrigue super tordue), et malgre ca, j’insiste, c’est un film plein de promesses dont certaines sont remplies avec beaucoup de talent.
| Critere | Note | Commentaire |
|---|---|---|
| Intrigue policiere | 2/5 | Se dilue au profit de la psychologie des personnages |
| Jeu des acteurs | 4/5 | Casting exceptionnel, revelation Agathe Bonitzer |
| Realisation | 3/5 | Derniere partie formidable, debut trop lent |
| Fidelite a Agatha Christie | 2/5 | Plus film d'auteur que whodunit |
| **Note globale** | **3/5** | **Compromis imparfait mais casting sauve le film** |
Critics’ Corner : la critique anglophone
“Le Grand Alibi”, la deuxieme adaptation d’Agatha Christie a arriver sur les ecrans francais en quatre mois, n’est pas tant un “whodunit” qu’un “why-make-it”.
Ouverture : en France : 30 avril (SBS Films, Medusa Film)
“Le Grand Alibi”, la deuxieme adaptation d’Agatha Christie a arriver sur les ecrans francais en quatre mois, n’est pas tant un “whodunit” qu’un “why-make-it”. Avec une plethore d’acteurs de premier plan, le film fera des affaires moyennes en France et a l’etranger, mais on peut se demander quel etait son interet pour le realisateur Pascal Bonitzer, l’un des meilleurs scenaristes francais.
Le roman original de 1946, “Le Creux”, est un mystere de meurtre classique dans une maison de campagne de Christie, que Bonitzer transpose d’Angleterre en France. Lorsque le beau psychiatre Pierre Collier (Lambert Wilson) arrive pour le week-end chez le senateur Henri Pages (Pierre Arditi), accompagne de sa femme Claire (Anne Consigny), il se retrouve a partager les lieux avec deux de ses maitresses - l’une actuelle, l’autre ancienne - ainsi que Lea Mantovani (Caterina Murino), un ancien amour devenu depuis une star de cinema. Il semblerait meme que la femme de Pages, Eliane (Miou-Miou), ait ete une ancienne conquete.
Naturellement, Collier finit par mourir. L’inspecteur Grange (Maurice Benichou) est appele a resoudre le mystere et la majeure partie de l’action, y compris la vengeance du tueur, se deroule a Paris. Le dialogue est vif et agreable, le jeu des acteurs est uniformement de premiere qualite et les prises de vue et l’eclairage sont impeccables. Benichou apporte un vent de fraicheur aux debats, et Arditi et Miou-Miou forment un couple excentrique et attachant. “Alibi” passe assez agreablement, mais il n’y a pas de satire, peu de passion et pas beaucoup de tension reelle.
Bande-annonce
Fiche technique et casting complet
Casting
| Acteur / Actrice | Role | Note |
|---|---|---|
| Lambert Wilson | Pierre Collier (le psychiatre) | La victime au "charisme ravageur" |
| Pierre Arditi | Le senateur Henri Pages | Arditi fait du Arditi, et c'est bien |
| Miou-Miou | Eliane Pages | Hotesse inquiete et sagement folichonne |
| Valeria Bruni-Tedeschi | - | Bruni-Tedeschi fait du Bruni-Tedeschi |
| Anne Consigny | Claire Collier | Parfaite en blonde hitchcockienne |
| Caterina Murino | Lea Mantovani | La James Bond girl de Casino Royale |
| Mathieu Demy | - | Faux airs d'Yvan Attal |
| Maurice Benichou | L'inspecteur Grange | Vent de fraicheur dans l'enquete |
| Celine Sallette | Marthe | Debut de carriere prometteur |
| Agathe Bonitzer | - | La revelation du film, fille du realisateur |
Equipe technique
| Fonction | Nom |
|---|---|
| Realisateur | Pascal Bonitzer |
| Scenaristes | Pascal Bonitzer, Jerome Beausejour |
| D'apres le roman de | Agatha Christie (*Le Creux* / *The Hollow*, 1946) |
| Producteur | Said ben Said |
| Directrice executive | Sybille Nicolas |
| Directrice de la photographie | Marie Spencer |
| Concepteur de la production | Wouter Zoom |
| Costumes | Marielle Robaut |
| Musique | Alexei Aigui |
| Montage | Monica Coleman |
| Distribution | UGC Distribution / SBS Films / Medusa Film |
| Duree | 93 minutes |
| Sortie France | 30 avril 2008 |