Le Daguerreotype francais : proximite et intimite
Le Musee d’Orsay est devenu ma galerie photo preferee, tellement leurs expos sont bien faites ! Cette fois-ci, le musee fait d’une pierre deux coups avec deux expositions consacrees aux debuts de la photographie : Image revelee et le Daguerreotype francais.
Auguste Belloc, Femme nue devant un miroir © Musee d’Orsay / Patrice Schmidt
Depuis son invention a la fin des annees 1830, le daguerreotype a suivi un chemin enviable. D’abord jouet onereux des aristocrates excentriques, il beneficie tres tot d’une decision intelligente du gouvernement : a l’instigation d’Arago, l’Etat francais acquiert le procede contre une pension annuelle a Daguerre et au fils de Nicephore Niepce. L’invention tombe dans le domaine public et se democratise — se faire un portrait devient accessible a une grande majorite.

J.-B. Sabatier-Blot, Fillette au cerceau © Musee d’Orsay / Patrice Schmidt
La section consacree aux portraits est fascinante — on y decouvre un excellent portrait d’Alexandre Dumas-pere, assis en tailleur avec un gilet craquant, ou encore un tres beau portrait d’Haussmann. C’est extraordinaire de decouvrir une epoque que l’on connait davantage a travers des peintures et des romans. Tout a coup, on decouvre des visages contemporains, presque familiers — et cette proximite creee par un art nouveau-ne est saisissante.
L’exposition est un vrai travail de joaillier : grace a un jeu astucieux de spots, les photos sont parfaitement eclairees et, malgre leur petite taille, semblent « sortir » des murs avec une force rare.

L’Image revelee : le calotype de Fox Talbot
W. Fox Talbot, The Haystack © The RPS Collection / National Media Museum, Bradford
L’exposition Image revelee est consacree au calotype (du grec « belle image ») de William Fox Talbot, qui fit l’erreur de deposer un brevet limitant la diffusion du procede hors de la Grande-Bretagne.
Les oeuvres presentees exhalent un extrait pur, la quintessence de l’Angleterre de l’epoque. Les paysages — vieux arbres, ruines, granges a foin, meules, bateaux et rochers austeres — et les personnages romanesques sont enveloppes par une sorte de brume couleur sepia qui nous transporte a l’epoque de Charlotte et Emily Bronte.

Le Grand Tour : des domes du Kremlin au Taj Mahal
Roger Fenton, Domes du Kremlin © National Gallery of Art, Washington
Puis vient la partie consacree au Grand Tour — ce voyage europeen que les jeunes aristocrates effectuaient apres leurs etudes. Des domes du Kremlin a ceux du Taj Mahal, le regard glisse avec un detachement etonnant, tant le calotype introduit de la distance la ou le daguerreotype faisait irruption dans l’intimite.
Le verdict
Deux expositions qui revelent la magie des debuts de la photographie. Le Daguerreotype francais est presque plus interessant que l’Image revelee, mais les deux meritent largement la visite. Le Musee d’Orsay confirme son statut de reference pour les expositions photographiques.

** Note : 4/5**
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Daguerreotype francais : Portraits saisissants, eclairage magistral
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Image revelee : Poesie du calotype, ambiance victorienne
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Points forts : Portraits de Dumas et Haussmann, Domes du Kremlin de Roger Fenton
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Point faible : Les calotypes deviennent un peu repetitifs (enieme tronc d’arbre)