Il est dur de définir ce qu’on aimait tant chez SATC de son vivant… Il est nettement plus facile de dire ce qu’on n’aime pas dans le film! De façon globale, j’avais l’impression que les scénaristes ont subi une lobotomie, en perdant tout à coup tout leur humour au profit du mélodrame lacrimonieux et pathétique. Car le problème principal, c’est bien ça: “Why all the drama?” Le film reprend ce qu’il y avait de pire dans la sixième saison - larmes, grands déchirements et drames de toute sorte, sans une once d’ironie. Le tout pendant 2h30: le temps m’aurait paru long si je n’étais pas accompagnée d’une amie maîtrisant le grand art du sarcasme. Bien évidemment, je n’ai absolument rien contre les films sur l’amour, l’amitié et divers malheurs qui peuvent arriver à une jeune fille de 40-50 ans. Mais dans ce cas-là, j’attends quand même un minimum de profondeur, alors qu’ici, les caractères sont à peine développés, l’amitié ne se manifeste qu’en hurlements hystériques à la vue des copines, et sa profondeur se mesure parfaitement avec une facture d’un sac Louis Vuitton. Pour justifier devant le public les 87 changements de robe pour Carrie Bradshaw et les 183 produits cités (certains épisodes ont été filmés dans l’unique but de réunir Oscar de la Renta, Dior et Christian Lacroix dans la même phrase), il aurait fallu au moins l’amuser avec du bon vieux SATC pour lequel il est venu…
La bonne chose, c’est que le film est ce que les Américains appellent “closure”: cette dernière rencontre que vous devez avoir après une rupture amoureuse, celle qui “clot” une relation et apporte le point final. Sex and the City, le film en fut un pour moi. It really is the end of an era.
Et vous, qu’en avez-vous pensé?
Illustration: David Hughes pour le New Yorker.
Que dire? Comme 99% des filles, j’adore Sex and the City. La série, j’entends - regardée uniquement en anglais (quel snobisme inouï!) et savourée jusqu’à la dernière réplique… Sauf que voilà, j’ai vu le film… et je crois qu’il a réussi à prouver ce que je ne voulais pas admettre: les quatres filles vont vieillir, et viellir mal. Habillées en grandes marques, certes, mais bien seules au milieu de tout ce luxe botoxé où les sentiments paraissent faux et où le vrai amour se trouve dans un grand placard à chaussures sur la 5e avenue.
Ce que la série avait et que le film a perdu
La série Sex and the City était une petite révolution télévisuelle. Quatre femmes qui parlent de sexe, d’amour et de chaussures avec un mélange d’humour et d’intelligence qui n’existait nulle part ailleurs. Chaque épisode de 25 minutes était une petite chronique new-yorkaise, drôle et touchante, avec des dialogues ciselés et une ironie mordante.
Le film, lui, a transformé cette légèreté en un mélodrame de deux heures trente. Les personnages qu’on aimait pour leur esprit sont devenus des caricatures d’elles-mêmes. Samantha n’est plus qu’une provocation ambulante. Charlotte est réduite à un gag récurrent. Miranda est la rabat-joie de service. Et Carrie… Carrie est devenue une publicité vivante pour la haute couture.
Le regard russe sur l’amour à l’américaine
Ce qui me gêne profondément dans ce film, c’est la vision de l’amour qu’il véhicule. En Russie, nous avons nos propres clichés romantiques (les grands sacrifices, les larmes dans la neige, Anna Karénine sous le train), mais au moins ils ont une certaine profondeur tragique. Ici, le grand drame de Carrie, c’est un mariage raté dans une robe Vivienne Westwood. Le grand pardon passe par un placard à chaussures.

J’aimais la série parce qu’elle montrait des femmes complexes, imparfaites, drôles. Le film les a réduites à des mannequins émotionnels. C’est une trahison, et ça fait mal quand on a aimé ces personnages pendant six saisons.
En sortant du cinéma, mon amie m’a dit : « C’est comme retrouver un ex et réaliser qu’on ne sait plus pourquoi on l’aimait. » Je n’aurais pas dit mieux.
La mode comme personnage
L’un des aspects les plus discutés du film est la mode. Patricia Field, la costumière de la série, a transformé le film en défilé permanent : 87 tenues pour Carrie, des collaborations avec Oscar de la Renta, Dior, Vivienne Westwood. La robe de mariée de Carrie est devenue un phénomène médiatique à elle seule.
Le problème, c’est que la mode a cannibalisé l’histoire. Dans la série, les vêtements disaient quelque chose sur les personnages — le style de Carrie reflétait sa personnalité excentrique, les tailleurs de Miranda son ambition professionnelle. Dans le film, les vêtements ne disent plus rien — ils sont juste chers. C’est la différence entre la mode comme expression et la mode comme consommation.
Un film pour les fans, contre les fans
Le paradoxe ultime de ce film est qu’il trahit précisément le public qui l’attendait le plus. Les vraies fans de SATC aimaient la série pour son intelligence, son humour acéré, ses dialogues brillants. Le film leur offre du mélodrame, du product placement et des larmes de crocodile. C’est comme si quelqu’un avait remplacé votre meilleur ami par une version plastifiée de lui-même — visuellement identique, émotionnellement vide.
En sortant du cinéma, je me suis promis de ne regarder que la série — les six saisons, dans l’ordre, en anglais, comme il se doit. Le film, lui, peut rester dans le placard à chaussures de Carrie. C’est la place qui lui convient le mieux.
SATC et la nostalgie des annees 2000
Avec le recul, Sex and the City — la serie, pas le film — est devenu un document sociologique sur les annees 1998-2004. Une epoque ou les telephones portables etaient des briques, ou le mail etait une nouveaute, ou New York etait encore la ville du 11 septembre mais aussi celle de l’optimisme retrouve.
Revoir les episodes aujourd’hui, c’est mesurer a quel point le monde a change. Les questions que se posait Carrie dans sa chronique hebdomadaire — « Can you be friends with an ex ? », « Are we sluts ? » — semblent presque naives a l’ere de Tinder et des reseaux sociaux. Mais c’est aussi ce qui fait leur charme : une epoque ou les relations amoureuses etaient encore suffisamment mysterieuses pour qu’on en fasse une serie culte.
Mon personnage prefere
Si vous me demandez quel personnage de SATC me ressemble le plus, je repondrais Miranda — l’avocate pragmatique, directe, un peu cassante, qui cache une sensibilite profonde sous une carapace d’efficacite. C’est le personnage le plus « russe » de la serie, d’ailleurs — cette alliance de force apparente et de fragilite interieure, cette facon de dire ce qu’on pense meme quand ca derange.
Le film a reduit Miranda a un cliche de femme amere. La serie en faisait un personnage complexe, nuance, drole. C’est tout le probleme de cette adaptation : elle a pris les surfaces et jete les profondeurs.