La Corde et la Pierre des freres Vainer : le polar sovietique qui raconte le meurtre de Solomon Mikhoels

Arkadi et Gueorgui Vainer, rois du polar sovietique, ont écrit en secret La Corde et la Pierre en 1975. Ce roman-enquete plonge dans le meurtre de Solomon Mikhoels, grand acteur juif assassine sous Staline. écrit clandestinement et publié seulement après la perestroika, le livre est une veritable ra
La Corde et la Pierre des freres Vainer : le polar sovietique qui raconte le meurtre de Solomon Mikhoels

Les freres Vainer, rois du polar en URSS

Arkadi et Gueorgui Vainer formaient un duo d’écrivains unique dans la litterature russe des annees 1970. L’un etait écrivain de metier, l’autre juge d’instruction — une combinaison idéale pour produire des polars a la fois bien ficeles et authentiques sur le plan judiciaire. Leurs collegues magistrats relisaient les manuscrits, garantissant la precision des procedures decrites.

Pendant des annees, ils fournirent tout l’URSS en polars « honnetes » — c’est-a-dire conformes a l’ideologie officielle. Mais avec La Corde et la Pierre, ils sont alles beaucoup plus loin.

La Corde et la Pierre, edition Folio Gallimard

Solomon Mikhoels : le meurtre au coeur du roman

La Corde et la Pierre n’est pas un polar ordinaire. C’est un polar historique dont l’intrigue tourne autour d’un fait reel : le meurtre de Solomon Mikhoels (1890-1948), grand acteur et metteur en scene, fondateur du Théâtre juif d’État et president du Comite juif antifasciste.

L’enquete du roman se situe trente ans après les faits, en 1968-1970, et tente de reconstituer les circonstances de cet assassinat d’État qui annonçait les grands proces antisemites de Staline — dont le tristement célèbre « Complot des blouses blanches ».

** Solomon Mikhoels en bref**

  • Ne en 1890 a Dvinsk (actuelle Daugavpils, Lettonie)

  • Fondateur du Théâtre juif d’État de Moscou (GOSET)

  • President du Comite juif antifasciste pendant la guerre

  • Assassine le 13 janvier 1948 a Minsk, sur ordre de Staline

  • Son meurtre, maquille en accident de la route, fut le prelude aux purges antisemites

Un roman clandestin « facon Pompei »

Ce qui rend La Corde et la Pierre fascinant, c’est son histoire éditoriale. écrit en 1975, le roman ne fut publié qu’après la perestroika. Comme Vie et Destin de Vassili Grossman, il a traverse les annees de marasme socialiste sur des microfilms, cache, jamais montre a personne.

Cette conservation « facon Pompei » a une consequence remarquable : le roman transmet l’atmosphere de la Moscou des annees 1970 avec une fidélité totale. C’est un veritable journal d’écrivain désespéré — un document sociologique autant qu’un roman policier.

La litterature clandestine sovietique a preserve des tresors comme La Corde et la Pierre

On pense aussi a ces curieux « touristes » qui visitent la zone d’exclusion de Tchernobyl pour voir le quotidien sovietique conserve en l’État — les appartements desertes, les vetements, les pots et casseroles abandonnes en 1986. Le roman des Vainer offre une experience similaire : une capsule temporelle litteraire de la vie quotidienne en URSS.

Forces et faiblesses du roman

Le revers de cette ecriture clandestine, c’est l’absence de relecture. Le roman est parfois trop verbeux, se perd en vapeurs ethyliques et questionnements repetitifs. Il manque clairement un « final cut » — a un moment, on commence a tourner en rond et les pages defilent a grande vitesse. L’investigation du meurtre proprement dit ne commence que vers la 300e page.

** Le bilan**

** Points forts**** Points faibles**
  • Atmosphere authentique de la Moscou des annees 70

  • Sujet historique fascinant (affaire Mikhoels)

  • Denonciation courageuse du regime sovietique

  • Document sociologique precieux

  • Roman trop long et parfois verbeux

  • Digressions repetitives

  • L’enquete demarre tardivement (~300 pages)

  • Manque une relecture éditoriale

Malgre ces longueurs, l’histoire reste captivante et le roman permet de découvrir un pan méconnu de l’histoire sovietique. Note : 3/5 — un document historique passionnant mais qui souffre de son mode de creation clandestin.

Mikhoels au cinema : les tresors retrouves

Pour prolonger la découverte de Solomon Mikhoels, Bac Films a reedite en DVD plusieurs films des annees 1920-1930 dans la collection « Les Chefs-d’oeuvre du cinema russe ». On y retrouve Mikhoels acteur, dans des productions qui temoignent de la richesse du cinema et de la culture russe d’avant-guerre — une époque ou le théâtre juif de Moscou etait l’un des plus novateurs au monde.

Questions fréquentes

Qui sont les freres Vainer et pourquoi sont-ils importants dans la litterature russe ?

Arkadi et Gueorgui Vainer etaient des freres écrivains sovietiques specialises dans le polar. L'un etait écrivain, l'autre juge d'instruction, ce qui donnait a leurs romans une authenticité remarquable. Ils furent parmi les auteurs de polars les plus populaires en URSS dans les annees 1970. La Corde et la Pierre, écrit clandestinement en 1975, ne fut publié qu'après la perestroika.

Qui etait Solomon Mikhoels et comment a-t-il ete assassine ?

Solomon Mikhoels (1890-1948) etait un grand acteur et metteur en scene russe, fondateur du théâtre juif d'État et president du Comite juif antifasciste. Il fut assassine en 1948 sur ordre de Staline, dans un meurtre deguise en accident de la route a Minsk. Son assassinat annoncait les grands proces antisemites de la fin du stalinisme, dont le fameux Complot des blouses blanches.

Qu'est-ce que la litterature clandestine sovietique (samizdat) ?

Le samizdat (auto-edition) etait un systeme de diffusion clandestine de textes en URSS. Les auteurs dont les oeuvres etaient interdites les faisaient circuler sur microfilms ou en copies dactylographiees. La Corde et la Pierre des Vainer, comme Vie et Destin de Vassili Grossman, a survecu de cette maniere pendant les annees de stagnation sovietique avant d'etre publié officiellement après la perestroika.