(Cine) Le Premier jour du reste de ta vie de Rémy Bezançon

Le Premier jour du reste de ta vie de Rémy Bezançon

Le film démarre en comédie familiale - dans la famille Duval, les enfants grandissent et commencent à quitter le nid… L’aîné fait de la médecine, le second, “la fac” et des concours de guitare imaginaire, la troisième, une crise d’adolescence. Les répliques font mouche et nous font penser à nos parents ou à des parents de nos copains, tellement les situations, souvent cocasses, sont bien trouvées. Peu à peu, on se surprend à prendre près du coeur les tribulations des Duval et d’y trouver, à chaque fois, un écho avec notre propre histoire. Les deux heures du film se passent en un clin d’oeil sans que le rythme ne se relâche.

Les acteurs sont tous très justes; j’ai trouvé Jacques Gamblin absolument génial, tout autant que Zabou Breitman - deux acteurs que je découvre! Tous les seconds rôles - du papy amateur de vin et contemplateur du temps qui passe au copain grunge aux chansons de merde - sont parfaitement bien trouvés et interprétés.

Etrangement, ce film m’a tellement plu que j’ai du mal à en parler - peut-être parce que je suis à court d’arguments pour expliquer l’émotion qu’il provoque…

Choisi sans grande conviction, Le premier jour du reste de ta vie s’est avéré une surprise agréable. Un quintette familial orchestré avec tendresse et malice par Rémy Bezançon. Un père, une mère, deux frères et une sœur vivent les cinq journées les plus importantes de leurs vies, entre éclats de rires, coups de colère et moments de solitude. La vie qui passe, la vie qui termine, la vie qui commence, qui piétine et qui repart tout à coup - le message est loin d’être sophistiqué, mais est-ce peut-être grâce à cela qu’il nous touche autant?

Faut-il aller voir ce film? Oui, d’autant plus que c’est l’été et que vous vous cassez certainement la tête devant l’Officiel bien vide… A décommander quand même à la génération de nos parents/grands-parents, ils ne comprendront pas toujours les références et verront le film d’un point de vue bien plus pessimiste…

Les comedies familiales, un genre difficile

Le cinema francais a produit des centaines de comedies familiales, et combien survivent a la projection? Le genre est un piege: surjoue, il devient sitcom; edulcore, il devient pub; cynique, il perd son public. Le Premier jour du reste de ta vie trouve l’equilibre rare: assez de malice pour ne jamais attendrir betement, assez de tendresse pour ne jamais moquer. Les Duval s’aiment mal, s’agacent souvent, se manquent toujours — comme les familles que je connais.

Le tour de force du scenario tient a sa structure: cinq journees marquantes, eloignees les unes des autres, qui filent la vie du debut a la fin comme on regarde defiler un paysage depuis un train. On ne voit pas le temps passer, et c’est precisement le sujet du film.

Les acteurs que je decouvre

Jacques Gamblin absolument genial, Zabou Breitman tout autant — et pourtant, je les decouvrais! C’est une des joies du cinema francais que cette reserve de comediens de premier plan inconnus du grand public, qui travaillent le theatre, la television, les seconds roles, jusqu’a ce qu’un film leur donne enfin un role a leur taille. Gamblin fait ici un pere de famille ni heros ni bouc emissaire, juste un homme qui tient debout de son mieux; Breitman une mere qui supporte tout, y compris ce qu’on ne voit pas a l’ecran.

Quant aux seconds roles, du papy amateur de vin et contemplateur du temps qui passe au copain grunge aux chansons de merde, ils composent le reste de la symphonie: une comedie qui reussit est presque toujours une comedie bien entouree.

L’ete au cinema

Signalons l’evidence: l’ete est la meilleure saison pour les surprises cinematographiques. L’Officiel des spectacles s’epaissit d’avant-premieres, les salles climatisees deviennent des refuges officiels, et la concurrence des blockbusters laisse des trous ou les petits films francais respirent. C’est ainsi que l’on va voir, sans conviction, une comedie familiale — et que l’on ressort avec l’envie d’appeler ses parents.

Ce que le film laisse derriere lui

Les bons films de famille ont ceci de commun avec les vraies familles: on en reparle longtemps apres, autour d’un repas, en citant des scenes comme on cite des souvenirs. « Tu te souviens de la journee ou… » — le film fonctionne comme ces declencheurs de conversation, et je soupconne ses auteurs de l’avoir voulu ainsi: pas un manifeste, pas une lecon, juste un pretexte a se raconter.

Deux heures apres la seance, je notais deja les scenes qui resteraient: le concours de guitare imaginaire, le papy et son vin, la dispute qui dure une journee entiere et se resout en une phrase. Le cinema francais sait faire cela mieux que personne: filmer le quotidien sans l’ennoblir et sans le devaluer — et, au final, le rendre plus grand que la vie, ce qui est exactement l’inverse de ce qu’on attend d’une comedie familiale. Tant mieux.