Triade : une osmose entre danse et musique
Deux couples. Quatre corps. Entre eux, une musique, tendue comme un filet, epouse leurs mouvements tantot fougueux, tantot violents, tantot maladroits. Au-dessus de leurs tetes, une lumiere blanche s’ecrase sur le sol en dessinant de grandes baies encadrees par des ombres fines et droites.
Quatre danseurs, quatre humains — mais qu’est-ce qui les meut ? Sont-ce des muscles, des nerfs, des ligaments ? Ou est-ce une essence sublime qui se soustrait a leurs desirs ? Jamais je n’ai vu des danseurs bouger en telle harmonie avec les sons. Dans leurs veines coule une musique etrange, organique, dont le flot semble diriger leurs gestes.
Benjamin Millepied et Nico Muhly
Triade a ete commande par l’opéra de Paris a Benjamin Millepied, l’etoile française de New York City Ballet et choregraphe depuis 2002. Nico Muhly, pour qui c’est déjà une troisieme collaboration avec Benjamin Millepied, a crée la musique de Triade au fur et a mesure que naissait la choregraphie, et selon la personnalité des danseurs.
De cette méthode de travail (jadis employee par Robbins lui-même lors de sa collaboration avec Bernstein) resulte une osmose troublante entre le son et le mouvement. La musique fut servie par des interpretes exceptionnels, deux trombonistes, Bruno Flahou et Jean Raffard, et le pianiste Frederic Lagnau.
Le reste de la soirée : Robbins en demi-teinte
Pour ce qui est du reste de la soirée, j’ai trouve peu d’intérêt a En Sol et In the Night : la choregraphie de Robbins, lorsqu’il crée dans un registre romantique, est sterile, a moins qu’elle ne soit servie par des interpretes de génie. Il reprend les mouvements de la danse classique, mais n’en fait qu’un exercice de style denue de toute histoire, voire de sens.
C’est joli a voir mais d’un academisme extremement ennuyeux qui plombe la musique de Chopin. C’etait probablement frais et intéressant il y a vingt ans, mais ces ballets ont mal vieilli.
Le génie de Robbins se revele ailleurs : dans sa capacité a concilier danse classique et humour, comme dans West Side Story, Interplay ou Glass Pieces. C’est la que sa marqué est la plus forte, la plus originale.
The Concert : l’eclat de rire final
Le dernier ballet de la soirée, The Concert, est un franc eclat de rire — une parodie exquise ou l’on découvre notamment le talent comique d’Eleonora Abbagnato. La troupe de l’opéra de Paris semble bien s’amuser sur scene dans cette oeuvre qui desserre un peu le carcan de la danse classique.
Faites attention au rideau de scene dessine par Saul Steinberg, superbe.
Informations sur le spectacle
| Information | Details |
|---|---|
| **Spectacle** | Hommage a Jerome Robbins |
| **Lieu** | opéra de Paris (Palais Garnier) |
| **Piece maitresse** | Triade (Benjamin Millepied) |
| **Musique** | Nico Muhly |
| **Saison** | Septembre 2008 |
| **Note** | ★★★★☆ (4/5) |