Une decouverte de quartier
C’est incroyable, tout de meme : pratiquement tous les restaurants a cote de chez moi sont fermes le lundi soir ! Apres avoir elimine Les Comperes et d’autres adresses du quartier (cela faisait 40 minutes qu’on tournait a pied), on a finalement atterri dans le seul endroit ouvert qui s’est avere extremement recommendable : le Belisaire.
Situe dans un petit recoin juste a cote de la Mediatheque Marguerite Yourcenar, ce restaurant s’inscrit dans la mouvance « bistrot gastronomique a des prix humains », avec un cadre et un service agreables en plus. Une vraie trouvaille.
A l’accueil, la jeune fille, la moue dubitative, nous demande si nous avions reserve. On se regarde avec etonnement, car la salle est vide ; mais il n’etait que 20h15. Finalement, une heure apres, les deux salles du restaurant seront pratiquement completes, un exploit, un lundi soir, pour un restaurant situe dans un endroit aussi peu frequente.
Les entrees : girolles et asperges
Les portions sont, pour une fois, destinees a des personnes dotees d’un estomac non-extensible. Petites, mais pas minuscules : et c’est tant mieux, car on peut alors gouter de tout, meme du pain, excellent par ailleurs.
Le Fagot d’asperges vertes a la Tomme de montagne fondue et filet de magret fume est fondant a souhait, et la petite sauce au magret fume apporte de la finesse a la tomme fondue. Les Girolles simplement marinees et copeaux de foie gras sont peut-etre « simples » mais extremement bonnes. En general, en France, on les cuisine assez mal : sautees, trop huilees, elles ont souvent un arriere-gout amer… Point d’amertume ici.
Vous savez peut-etre que tout Russe adore les champignons, surtout marines, et surtout les girolles qui s’appellent en russe « petites renardes » ; mais on les cuisine surtout a la creme fraiche. Pour ce qui est du foie gras, je le trouve un peu trop… gras, tandis que mon co-mangeur le trouve excellent.

Les plats : sandre et bavette
Je choisis un Filet de sandre en croute de basilic et compotee d’oignons et poires. Le poisson est tres frais, parfaitement bien sale, et repose sur un lit d’oignons avec une sauce blanche au beurre tellement delicieuse que je l’ai finie a la cuillere.
Je le fais savoir au chef (Matthieu Garrel) qui, justement, venait de sortir de la cuisine pour saluer les hotes, et voila qu’il s’empresse de me ramener un petit ramequin avec des oignons en plus, ainsi qu’un autre avec de la puree. Je ne sais pas vous, mais je peux compter sur les doigts d’une main le nombre de fois ou cela m’est arrive a Paris !
Quant a la Bavette de boeuf, os a moelle et puree de pommes de terre, rien a redire : la viande est bonne, et l’accompagnement tout autant. Bon point pour avoir pense l’associer a un os a moelle (servi sur le cote).
Le verdict
Bien plus qu’une simple adresse de quartier, le Belisaire vaut le detour pour sa cuisine inventive et son accueil, le tout a des prix plus qu’honnetes. Cet endroit fait penser un peu a Ripaille dans le 17e, et est parfait pour un diner entre amis. La carte change tous les jours, ce qui garantit la fraicheur des produits et la creativite du chef.
Informations pratiques


| Information | Details |
|---|---|
| **Nom** | Belisaire |
| **Adresse** | 2 rue Marmontel, 75015 Paris |
| **Telephone** | 01 48 28 62 24 |
| **Quartier** | Convention (15e arrondissement) |
| **Cuisine** | Bistrot gastronomique francais |
| **Prix** | Entree+plat ou plat+dessert 27€ / Complet 32€ |
| **Ouverture** | Du lundi au vendredi + samedi soir |
| **Note** | ★★★★☆ (4/5) |
Le Bélisaire : l’esprit du bistrot de quartier
Ce qui fait le charme du Bélisaire, c’est son refus assumé des modes. Pas de cuisine moléculaire, pas d’assiettes instagrammables, pas de menus en anglais. Juste une cuisine de marché, honnête et généreuse, servie par un patron qui connaît ses producteurs par leur prénom.
La carte change chaque semaine en fonction des arrivages. Un mardi, ce sera un tartare de bœuf impeccable avec des frites maison croustillantes. Un jeudi, un parmentier de canard fondant. Un samedi, un poisson du jour accompagné de légumes de saison si frais qu’ils croquent encore sous la dent.
Le quartier Marmontel : un Paris méconnu
Le Bélisaire se trouve dans le 15e arrondissement, rue Marmontel — un quartier que peu de touristes connaissent et que même beaucoup de Parisiens ignorent. C’est un Paris résidentiel, calme, presque provincial, avec ses marchés de quartier, ses squares ombragés et ses bistrots où les habitués se tutoient.
C’est dans ce Paris-là que j’aime vivre. Pas le Paris des cartes postales, pas le Paris des Champs-Élysées — le Paris des gens qui y habitent vraiment, qui font leurs courses au marché le dimanche et qui dînent chez Bélisaire le vendredi soir parce que c’est bon, pas cher et convivial.
Le rapport qualité-prix imbattable
À Paris, manger bien pour moins de 30 euros par personne (entrée, plat, dessert) est un exploit de plus en plus rare. Le Bélisaire y parvient sans compromis sur la qualité. Le menu du marché est une affaire, et la carte des vins — courte mais bien choisie — propose des bouteilles à prix doux.
Mon conseil : venez en semaine pour éviter l’attente (pas de réservation), prenez le plat du jour et un verre de vin naturel du Languedoc. C’est un déjeuner parisien parfait.
Pour d’autres adresses de quartier, consultez ma critique des Compères dans le 15e et du Dix Vins.
Ma commande ideale chez Belisaire
Apres des dizaines de visites, voici ma commande ideale chez Belisaire :
- Entree : les oeufs mayo (un classique du bistrot francais, souvent bacle ailleurs, ici impeccable) ou la terrine du jour
- Plat : le plat du jour — toujours le meilleur choix, car c’est ce que le chef a choisi au marche le matin meme
- Dessert : le fondant au chocolat, noir et intense, servi avec une boule de glace vanille
- Vin : un verre du vin au compteur — le patron choisit bien, faites-lui confiance
Le tout pour environ 28 euros. C’est le prix d’un sushi moyen a emporter — sauf qu’ici, c’est frais, c’est fait maison, et c’est servi avec le sourire.
Pourquoi les bistrots parisiens sont irremplacables
Ce qui fait la force d’un bistrot comme le Belisaire, c’est son ancrage dans le quartier. Le patron connait ses habitues, sait ce qu’ils aiment, leur garde la bonne table le vendredi soir. C’est un lieu de vie sociale autant qu’un restaurant — on y vient pour manger, mais aussi pour retrouver une communaute.
En Russie, cette culture du restaurant de quartier est recente. Quand j’ai quitte Saint-Petersbourg, les restaurants etaient soit des cantines d’Etat tristes, soit des etablissements de luxe inaccessibles. A Paris, j’ai decouvert ce juste milieu — le bistrot ou l’on mange bien tous les jours, simplement, sans ceremonie. C’est peut-etre la plus belle invention francaise apres le fromage.