Des Chansons d’Amour a la scene
Si vous avez ete, comme moi, seduits par Les Chansons d’Amour de Christophe Honore, le nom d’Alex Beaupain ne vous est certainement pas inconnu. Chanteur et compositeur, il avait signe la musique du film qui s’inspire de sa propre histoire. Des chansons tristes comme la pluie ou, parfois, on apercoit une etincelle.
Face a la salle extatique et aux deux equipes de television qui filmaient le concert ce soir-la, je ne pouvais pas m’empecher de penser : mais qu’est-ce qui manque ?
Un manque d’energie cruel
A la fin, je me sentais epuisee mais j’ai eu la reponse : l’energie. Alex Beaupain est un compositeur interessant, et ses vers ne sont pas sans me toucher, mais il manque cruellement d’un ingredient sans lequel on ne devient jamais un vrai interprete : cette energie que vous avez en plus et que vous partagez avec le public.
Ce soir-la, pour moi, c’etait le contraire - je me faisais litteralement vampiriser par Alex Beaupain ! L’image est forte, et l’accusation, severe. Mais si l’on compare son interpretation des chansons des Chansons d’Amour avec celle des comediens, il n’y a pas l’ombre d’un doute : les interpretations de Louis Garrel, Ludivine Sagnier ou encore Chiara Mastroianni apportent tellement plus !
Le temps montrera si j’ai raison - et j’ai follement envie de m’etre trompee tellement j’aime ce qu’il ecrit. — Une Russe a Paris
Un autre bemol : le choix des chansons. Vers le milieu du concert, certaines avaient fini par se ressembler au point de lasser. Meme rythme, meme thematique (humeur triste + pluie a Paris), memes tonalites, meme violoncelle… Ce concert aurait pu etre quarante minutes plus court et il n’aurait rien perdu !
Alex Beaupain a mene le concert avec un humour pince-sans-rire bien sympathique dont on regrette l’absence dans ses chansons. Il est rare qu’un chanteur soit aussi a l’aise avec son public sans tomber dans le surjoue.
La question des arrangements
Un des problemes majeurs etait l’arrangement. Avec l’introduction d’une batterie, d’un violoncelle, d’une guitare electrique et d’un synthetiseur, les chansons d’Alex Beaupain perdent leur caractere intime. Cela fait trop “Alex Beaupain a la Star’Ac” - le violoncelle rend ses chansons trop gnagnan, et pourtant j’adore cet instrument.
Finalement, l’emotion ne vient que lors de “Brooklyn Bridge”, interpretee en bis, au piano solo. C’est la que Beaupain est le meilleur : seul avec son piano, dans l’intimite d’une chanson qui ne triche pas.
| Points forts | Points faibles |
|---|---|
| Textes remarquables | Manque d'energie sur scene |
| Humour pince-sans-rire | Chansons trop similaires entre elles |
| Piano solo emouvant | Arrangements trop charges |
| Aisance avec le public | Concert trop long |
Alex Beaupain, la suite
Depuis ce concert, Alex Beaupain a considerablement evolue. Il a sorti plusieurs albums acclaimes par la critique, dont 33 tours, Pourquoi battait mon coeur (2012), Loin (2016) et Pas plus le jour que la nuit (2019). Il a egalement continue sa collaboration avec Christophe Honore, signant la musique de Les Bien-aimes (2011) et Chambre 212 (2019).
Beaupain s’est affirme comme l’un des auteurs-compositeurs les plus fins de la chanson francaise contemporaine, heritier d’une tradition qui va de Jacques Brel a Alain Souchon. Si la question de l’energie scenique se posait en 2008, sa maturite artistique et ses nombreuses tournees ont depuis largement corrige ce defaut de jeunesse.