Le concept de l’exposition
Cette saison automne-hiver 2008, Picasso etait absolument partout — un peu comme les tendances mode ou tous les createurs sortent les memes modeles au meme moment. La saison culturelle parisienne serait Picasso ou ne serait pas.
L’exposition Picasso et les maitres au Grand Palais avait un concept ambitieux : confronter les oeuvres de Picasso a celles des grands maitres qui l’ont inspire, de Velazquez a Courbet, en passant par Manet, Chardin et Delacroix.
Au Grand Palais, il y en avait pour tout le monde. Les mecontents d’abord : trop de marketing, le concept pas si original, une exposition qui volait la vedette a d’autres bien plus meritantes (Mantegna au Louvre, par exemple). Les indecis ensuite, comme moi : j’aime Picasso avant sa periode cubiste, puis seulement ses sculptures et sa ceramique. Les enthousiastes enfin, a qui le Grand Palais offrait surtout… la queue.
Le parcours au Grand Palais
Dans un souci de clarte, le parcours etait a la fois chronologique et thematique. Il debutait avec les toutes premieres oeuvres de Picasso, dont des esquisses de statues antiques — certaines, tres bien realisees, datant de ses treize ans.

Des references classiques, on passait aux peintres espagnols, puis aux impressionnistes et au genre du portrait, avant d’arriver au gros morceau : les “variations” d’apres des tableaux celebres comme L’enlevement des Sabines ou Les Menines. Puis les natures mortes, et enfin les nus — avec une petite serie erotique en fin de parcours pour reveiller les visiteurs fatigues.
C’est finalement une excellente facon d’apprendre a regarder Picasso, surtout le Picasso tardif. C’est un peu comme le jeu des differences entre deux images. On le voit surtout avec des tableaux comme “Les demoiselles du bord de la Seine” de Courbet et la reinterpretation de Picasso — personnellement, je l’aurais bien moins appreciee sans l’original sous les yeux.
Le catalogue de l’exposition meritait aussi qu’on le feuillette : les oeuvres y etaient parfois mieux disposees, et il presentait les tableaux “manquants” (quand l’un des deux dans le couple “original — reinterpretation” n’etait pas expose).
Coup de coeur : La Buveuse d’absinthe
Dans ce joyeux brouhaha de chefs-d’oeuvre et de contemplateurs, chacun trouve ce qu’il n’a pas cherche mais ce qui lui parle le plus. Pour ma part, deux magnifiques natures mortes de Chardin m’ont semblees magnetiques — un art de vivre lointain, un temps ou l’on vivait avec gout, avec soin, avec simplicite.

Et puis, un tableau de Picasso : sa Buveuse d’absinthe (1901). Il est rare qu’un tableau commence a vivre sous mes yeux. Mais la, je voyais cette femme, assise dans un cafe… Son poignet un brin brise par l’arthrose dans un geste las s’est immobilise au-dessus de son verre. Dehors, derriere la vitre ruisselante de pluie, on devine une rue sombre — c’est probablement l’hiver. Quelques passants indifferents, et une petite fenetre jaune derriere laquelle on attend quelqu’un. Mais ce quelqu’un, ce n’est pas elle, la buveuse. Alors, elle reste assise, avec son verre d’absinthe, et d’un coin de son oeil droit, observe la vie des autres.
Une excellente facon d’apprendre a regarder Picasso : confronter ses oeuvres aux originaux qui l’ont inspire, c’est comme jouer au jeu des differences entre deux images. — Une Russe a Paris
Informations pratiques

| Detail | Information |
|---|---|
| Exposition | Picasso et les maitres |
| Lieu principal | Grand Palais, Paris |
| Lieux complementaires | Musee d'Orsay (Dejeuner sur l'herbe) + Musee du Louvre (Femmes d'Alger) |
| Artistes confrontes | Velazquez, Courbet, Chardin, Manet, Delacroix... |
| Note | ★★★★☆ (4/5) |