Un Homme de Philip Roth : le corps comme paysage de la mortalite

Philip Roth signe avec Un Homme (Everyman en anglais) un roman depouille et puissant sur la vieillesse, la maladie et la confrontation avec la mortalite. A travers la vie d'un homme anonyme racontee par ses hospitalisations successives, Roth fait du corps le veritable paysage du roman. Un style sec,
Un Homme de Philip Roth : le corps comme paysage de la mortalite

Everyman : l’homme universel

Un Homme est un roman qui commence par un enterrement. Celui du heros, un homme sans nom dont on ne saura rien d’autre que l’essentiel : ses maladies, ses operations, ses hospitalisations. De l’enfance a la mort, Philip Roth raconte une vie a travers le prisme du corps qui decline.

Le titre original, Everyman, emprunte a une piece de moralite medievale du XVe siecle. Ce n’est pas un hasard : le heros de Roth est l’homme universel, celui que nous sommes tous. Son histoire est la notre, celle de n’importe quel etre humain confronte a la finitude de son enveloppe charnelle. On comprend enfin ce que nos aines veulent dire quand ils nous souhaitent avant tout la sante.

Le corps comme paysage du roman

La premiere hernie a sept ans. L’appendicite quelques annees plus tard. Puis les pontages cardiaques, les stents, les hospitalisations a repetition. Le corps du heros devient progressivement un receptacle d’artefacts medicaux, une geographie de cicatrices et de protheses.

Avec l’age vient la perte. Le heros ne peut plus seduire les femmes : son corps l’a trahi. Il ne peut plus nager dans l’ocean comme autrefois : ses forces l’ont abandonne. Le corps est le veritable paysage de ce roman, un terrain qui se delite sous les pieds du lecteur comme sous ceux du personnage.

Roth ne cherche ni a embellir ni a dramatiser. Il decrit avec une precision clinique les couloirs d’hopital, les salles d’attente, les diagnostics assenes par des medecins qui finissent eux-memes par vieillir. On est loin de La Tache ou de Pastorale americaine avec leurs grandes fresques sociales : ici, le sujet est le corps, rien que le corps.

Un style depouille d’une puissance rare

Ce qui frappe dans Un Homme, c’est l’absence totale d’ironie. Philip Roth, habituellement maitre dans l’art du sarcasme et de l’autodenigrement, adopte ici un style sec, depouille, presque clinique. Et c’est justement cette secheresse qui donne au texte sa puissance.

Pas de grandes tirades, pas de digressions brillantes, pas de ces monologues interieurs foisonnants qui font le sel de Portnoy et son complexe. Roth ecrit comme on dresse un constat medical : avec precision, sans fioriture, et avec la certitude que les faits parlent d’eux-memes. Le resultat est un roman court mais d’une intensite rare.

On pense a Camus, a Hemingway, a cette tradition du depouillement qui fait confiance au lecteur pour combler les vides. Et ces vides sont immenses : c’est toute une vie qui se tient entre les lignes, avec ses amours ratees, ses mariages defaits, ses enfants qu’on a delaisses.

Le dernier sursaut : la peinture

Dans un ultime sursaut de vitalite, le heros se met a la peinture. Il s’inscrit a des cours, decouvre la lumiere, les couleurs, la joie de creer quelque chose de ses mains. Pendant quelques mois, il retrouve un sens a la vie, une raison de se lever le matin.

Mais il est trop tard. Le corps a deja commence son travail de sape. La peinture ne suffit pas a conjurer le declin. Ce passage est peut-etre le plus bouleversant du roman : on y lit toute la rage de vivre d’un homme qui sait que le temps lui est compte, et toute la cruaute d’un corps qui refuse de suivre.

Un Homme est un grand roman. Un de ces livres qu’on lit d’une traite et qui vous laisse le souffle coupe, avec cette sensation etrange d’avoir visite votre propre avenir. Philip Roth a ecrit la un texte universel et intemporel, qui parle a tous ceux qui ont un corps — c’est-a-dire a tout le monde.

Couverture du roman Un Homme de Philip Roth

Informations sur le livre

Portrait de Philip Roth, grand ecrivain americain

Information Details
**Titre** Un Homme (Everyman)
**Auteur** Philip Roth
**Editeur VO** Houghton Mifflin (2006)
**Editeur FR** Gallimard (2007)
**Traduction** Josee Kamoun
**Prix** PEN/Faulkner Award 2007
**Theme** Vieillesse, maladie, mortalite, corps
**Note** ★★★★☆ (4/5)

Questions fréquentes

De quoi parle Un Homme de Philip Roth ?

Un Homme (Everyman en VO) raconte la vie d'un homme anonyme a travers ses maladies et hospitalisations, de l'enfance a la mort. Le roman explore la vieillesse, la perte de seduction, le rapport au corps et la confrontation avec la mortalite. Publie en 2006, c'est l'un des derniers romans majeurs de Philip Roth.

Pourquoi lire Un Homme de Philip Roth ?

Pour son style depouille et puissant qui traduit l'universalite de l'experience de la maladie et du vieillissement. Le roman est court mais intense, et permet de comprendre ce que nos aines veulent dire quand ils souhaitent avant tout la sante. Un Homme a remporte le prix PEN/Faulkner en 2007.

Quels sont les meilleurs romans de Philip Roth ?

Parmi les oeuvres majeures de Philip Roth : Pastorale americaine (prix Pulitzer 1998), La Tache, Le Complot contre l'Amerique, Portnoy et son complexe, et Un Homme. Roth est considere comme l'un des plus grands romanciers americains du XXe siecle, souvent cite pour le prix Nobel de litterature.