Jacques Dupaquier : quand la couleur revele l'URSS des annees 1950

L'Iconotheque russe et sovietique du Cercec a mis en ligne le fonds Jacques Dupaquier : 1107 photos en couleur realisees en URSS en 1956, 1964 et 1975 a Moscou, Leningrad, en Ouzbekistan, dans le Caucase et en Siberie. A une epoque ou presque personne ne possedait d'appareil-photo couleur, ces image
Jacques Dupaquier : quand la couleur revele l'URSS des annees 1950

Le fonds Dupaquier : 1107 photos en couleur

Ayant mis de cote, pour l’instant du moins, mes projets d’un blog photo, je ne puis resister de vous montrer quelques photos du Fonds Jacques Dupaquier que l’Iconotheque russe et sovietique du Cercec vient de mettre en ligne. 1107 photos realisees en URSS en 1956, 1964 et 1975 a Moscou, Leningrad, en Ouzbekistan, dans le Caucase, en Siberie

Pour ceux qui souhaitent approfondir la decouverte de ces lieux mythiques, un guide du voyage en Russie permet de retrouver les traces de cette epoque sur place, de la perspective Nevsky aux quais de la Neva.

Le choc de la couleur

© Jacques Dupaquier — Leningrad, 1956

Ce qui m’interessait surtout, c’etaient les photos des gens (les quais de la Neva restent a peu pres pareils, donc les photos des monuments avaient peu d’interet pour moi). Dans les annees 1950, presque personne ne possedait d’appareil-photo couleurs — et les photos de Jacques Dupaquier sont un choc visuel tant je suis surprise de voir les gens habilles d’autres couleurs que le noir, le gris et le blanc…

Mais aussi de voir la pauvrete habituellement ennoblie par le noir et blanc. Le noir et blanc confere une dignite, une distance poetique aux images de la vie sovietique. La couleur, elle, ne ment pas : elle montre les tissus uses, les murs defraichis, les vetements decolores par les lavages.

Le choc est si fort que l’on a presque l’impression de voir les gens pour de vrai (que mangent-ils ? a quoi pensent-ils ?), et — peut-etre, qui sait ? — apercevrai-je soudain ma mere parmi les enfants de cette classe de l’ecole maternelle… Ces archives constituent un document precieux pour comprendre la societe russe et sovietique au quotidien, loin des cliches de la propagande officielle.

L’air de liberte de 1956

Sur ce voyage de 1956, Jacques Dupaquier raconte, dans une interview passionnante, l’air de liberte qu’il a senti — trois ans apres la mort de Staline :

« A cette epoque-la, apres le XXe Congres, tout leur univers policier et mental s’etait effondre. Ils ne savaient plus ce qui etait permis et ce qui n’etait pas permis. » — Jacques Dupaquier

Le photographe avait alors le droit d’aller ou il voulait, de parler aux gens — une liberte qu’il n’a plus ressentie lors de ses voyages successifs.

« Cela semble incroyable quand on dit cela maintenant : les Russes avaient le sentiment que tout allait s’arranger ! Et moi, je vous dirai que je suis revenu avec le sentiment que l’Union sovietique allait s’en sortir. En 1964, j’avais deja dechante. » — Jacques Dupaquier

Les images qu’il a rapportees de ces voyages sont une vraie machine a remonter le temps.

Les photos qui touchent

Quelques-unes des photos qui m’ont particulierement touchee :

  • Un groupe de provinciaux sur la place Rouge — l’emerveillement sur leurs visages

  • Les petites filles sur le quai de la Moscova — des robes colorees qu’on ne soupconnait pas

  • Une vendeuse de glaces au parc Gorky — surtout pour l’enfant qui tire sa mere hors du cadre de la photo, vers la gauche

  • La mode des sixties au Goum — oui, il y avait de la mode en URSS

  • Les couleurs chaudes de Tashkent — un autre monde

  • Les vacanciers de Sotchi — la Riviera sovietique

Bon voyage !

Questions fréquentes

Qui etait Jacques Dupaquier et quel est son fonds photographique ?

Jacques Dupaquier etait un historien et demographe francais qui a photographie l'URSS lors de trois voyages en 1956, 1964 et 1975. Son fonds de 1107 photos en couleur, mis en ligne par l'Iconotheque russe et sovietique du Cercec (EHESS), couvre Moscou, Leningrad (aujourd'hui Saint-Petersbourg), l'Ouzbekistan, le Caucase et la Siberie. Ces images sont un temoignage unique car tres peu de photographes disposaient d'appareils couleur dans les annees 1950.

Pourquoi les photos en couleur de l'URSS des annees 1950 sont-elles si rares ?

Dans les annees 1950, la photographie couleur etait encore un luxe rare : les pellicules etaient couteuses, les appareils adaptes peu repandus, et la majorite des photographes travaillaient en noir et blanc. Les photos de Jacques Dupaquier sont donc exceptionnelles car elles montrent la realite sovietique en couleur, revelant des details invisibles dans les cliches noir et blanc habituels : les vetements colores des passants, la pauvrete qui n'est plus ennoblie par les gris.

Quel air de liberte Jacques Dupaquier a-t-il ressenti en URSS en 1956 ?

Lors de son voyage de 1956, trois ans apres la mort de Staline et apres le XXe Congres du Parti, Jacques Dupaquier a ete frappe par l'air de liberte qu'il a senti en URSS. Il raconte que 'tout leur univers policier et mental s'etait effondre' et que les Russes avaient le sentiment que 'tout allait s'arranger'. Il avait alors le droit d'aller ou il voulait et de parler aux gens, une liberte qu'il n'a plus ressentie lors de ses voyages suivants.