Le concept : exposer la musique
Comment exposer la musique autrement qu’en l’interpretant en concert ou en enregistrant un disque ? Telle est la question qui se posait en decouvrant l’exposition Gainsbourg 2008 a la Cite de la Musique. Le nom « Gainsbourg 2008 » fait reference au 80e anniversaire de la naissance de l’artiste (1928).
Il est vrai que Gainsbourg se prete au jeu plus facilement que n’importe quel musicien — peintre, compositeur, chanteur, realisateur, agitateur… il en a laisse, des traces ! Mais comment rassembler le tout de facon coherente ? C’est Frederic Sanchez, createur musical aux interets allant des defiles Prada a l’Hotel Costes, qui a releve le defi.
La scenographie de Frederic Sanchez
Le dada de Frederic Sanchez ? Les associations d’images et d’idees (et de sons). C’est exactement ce que fut Gainsbourg — une image, une idee, un son. En route pour une exposition des plus deroutantes !
L’affiche officielle de l’exposition Gainsbourg 2008
Le parcours : quatre periodes en totems
Sur le papier, l’organisation est classique : quatre periodes — la « bleue » (1958-64), Les Idoles (1965-69), La Decadanse (1969-79) et Ecce Homo (1979-…). Mais dans la salle, tout se passe differemment : l’espace est organise par une vingtaine de « totems », des colonnes rectangulaires divisees en sections comportant ecrans et photos.
Chaque colonne represente une idee, une collaboration marquante (Je t’aime moi non plus), un gout (la peinture, le jazz…) ou une histoire (les parents, Theodosie…). Les hauts-parleurs pres de chaque colonne permettent d’ecouter temoignages, videos, films ou dessins animes.
Les totems de l’exposition : chaque colonne, un univers

Ce brouhaha est complete par une installation sonore : au-dessus des tetes, des haut-parleurs diffusent en permanence des textes de Gainsbourg lus par des artistes qui ont partage sa vie — Isabelle Adjani, Vanessa Paradis, Juliette Greco ou Jacques Dutronc. C’est probablement l’aspect que l’on apprecie le moins : on ne parvient pas a saisir les textes prononces, mais simplement les intonations et certains mots qui resonnent dans les rares moments de silence.
Sur le mur de gauche, un autre aspect de Gainsbourg — collectionneur, poete, peintre (un autoportrait a la fois ressemblant et derangeant, tout comme son modele).
Gainsbourg intime : portraits et documents personnels

L’interet de la visite guidee
La visite guidee est vivement recommandee. La guide savait a quel moment passer a quel element, attirant l’attention sur tel ou tel detail et servant de fil directeur qui manque a la conception de l’exposition.
Imaginez devant vous un petit tas de pierres precieuses — jaunes, rouges, vertes, des diamants, des saphirs… Vous etes eblouis, vous ne savez que choisir. Imaginez maintenant qu’un joaillier vienne simplement vous indiquer quelles couleurs vont mieux ensemble, poser un topaze a cote d’une amethyste. Devant vos yeux, un veritable kaleidoscope, changeant, comme dans les temps de notre enfance. Et puis, a la fin, vous avez le droit de tout melanger a nouveau — parcourez, melangez, ecoutez ce qui bon vous semble.
Le verdict
Une mise en espace interessante et un retour sur un personnage hors du commun. L’exposition Gainsbourg 2008 restera comme un modele de scenographie musicale immersive, a une epoque ou les expositions dediees aux musiciens se multiplient dans les institutions culturelles parisiennes.
** Note : 4/5**
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Scenographie : Innovante et immersive
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Contenu : Riche mais deroutant sans guide
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Points forts : Installation sonore, totems interactifs, parcours non lineaire
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Point faible : Difficile de s’orienter seul, brouhaha sonore