La revolution de la joaillerie Art Deco
Si une promenade place Vendome reste un passe-temps superficiel (dans le sens ou l’on fait du leche-vitrines sans jamais rentrer dans le magasin), cette exposition au Musée des Arts Decoratifs etait une veritable balade… architecturale.
Dans les annees 1930, une nouvelle ere de la joaillerie commence lorsque le Salon d’Automne refuse a Jean Despres une trentaine de pieces sous pretexte qu’elles etaient “modernes”. Les formés deviennent geometriques, et les bijoux font l’objet d’autant d’inventivite que l’architecture et la sculpture de l’époque.
L’exposition permettait de revoir les modèles aujourd’hui presque disparus des collections (car nous sommes, depuis le New Look de Dior, et encore plus aujourd’hui, revenus a la joaillerie ultra-feminine, ou tout est rond, tout est ondulant, tout est fleurs).
“Tout est mathematiques” — des citations de Blaise Cendrars imprimees sur les murs permettaient de briller en société même sans arborer l’un de ces “amis” au poignet.
Jean Despres, bague, 1937 (platine, or, diamants, aigue-marine) © Les Arts Decoratifs
Jean Despres : le joaillier industriel
Le grand hall abritait une retrospective de l’oeuvre de Jean Despres (une première !), des bijoux de ses debuts inspirés par l’esthétique industrielle — bielles, engrenages, roues dentees — aux bijoux-glaces en argent et verre, en passant par les bijoux-ceramiques et les objets liturgiques.
Ce que j’ai prefere de loin : les pieces d’art de table (comprenez : fourchettes, couteaux, cuilleres). Car Despres ne se contentait pas de bijoux : il reinventait l’ensemble des objets du quotidien avec la même audace geometrique.
Les grandes maisons et les bracelets reversibles
Si l’on n’etait pas convaincu par les bijoux de Jean Despres — sublimes, mais dont la majorite parait importable — la deuxieme partie de l’exposition ravissait. Des broches très mondrianesques de Jean Fouquet aux plus classiques maisons de Cartier, Boucheron ou Van Cleef & Arpels, les pieces etaient eblouissantes.
A ne pas manquer : les fameux bracelets reversibles (cote or ou cote diamants), ainsi que les bijoux modulables — la structure (collier, boucles d’oreille, bracelet) vous est fournie, ainsi que quatre clips de diamants que vous pouvez attacher a votre guise.
On aurait aime les notices moins arides et mieux disposees (commentant les pieces plutot que l’oeuvre de tel joaillier dont on ne se souviendra pas en sortant), mais l’ensemble des pieces etait parfaitement expose et eclaire : les bijoux parlent d’eux-mêmes.
Bonus : l’expo Sonia Rykiel
Sonia Rykiel - Campagne Printemps/Ete 1986 © Dominique Issermann
Si vous aviez une demi-heure de plus, l’exposition consacrée a Sonia Rykiel (a l’occasion des 40 ans de la maison) meritait le detour. Beaucoup de modèles avaient perdu de leur fraicheur, d’autres etaient très mal exposes, mais on s’amusait a découvrir la veste en cheveux roux de Rykiel (comme quoi, Martin Margiela n’a rien invente) et plein de robes prouvant que Sonia Rykiel avait autant de talent que d’humour.
Informations pratiques
| Detail | Information |
|---|---|
| **Lieu** | Musée des Arts Decoratifs, 107 rue de Rivoli, Paris 1er |
| **Exposition** | Bijoux Art Deco et Avant-garde / Retrospective Jean Despres |
| **Note** | 4/5 |