Redecouvertes et retrouvailles
Il arrive que vous decouvriez un artiste, le perdiez de vue, et le retrouviez un jour dans un etat de grace inattendu. C’est exactement ce qui m’est arrive avec Lisa Ekdahl.
Je l’avais decouverte a travers ses reprises de standards de jazz, avec cette voix fruitee-acide qui rappelait irresistiblement la regrettee Blossom Dearie. Son album Heaven, Earth And Beyond tournait en boucle chez moi. Puis, comme il arrive parfois, j’etais passee a autre chose.
Give Me That Slow Knowing Smile (2009)
Et voila que sept ans apres ce dernier album en anglais, Lisa Ekdahl revient avec Give Me That Slow Knowing Smile — et c’est une revelation. Pas une simple suite, pas un nouveau recueil de standards : un album entierement different, ou elle ecrit pour la premiere fois musique et textes elle-meme.
Un virage folk/pop inattendu
Oubliez le jazz. Oubliez la bossa nova. Lisa Ekdahl a opere un virage a 180 degres pour livrer un album de folk/pop dans la veine de Norah Jones — mais avec cette touche scandinave, cette transparence nordique qui n’appartient qu’a elle.
Lisa Ekdahl, entre folk et pop cristalline

Neuf ballades composent cet album, et chacune est une perle — comme les perles d’un collier tombe sur un escalier de marbre. On les ramasse une a une, avec emerveillement, en se demandant comment quelque chose d’aussi fragile peut etre aussi parfait.
C’est un album de road trip, de paysages americains deroules derriere une vitre, de routes droites vers l’horizon. Un album qu’on ecoute le matin dans une lumiere doree, ou le soir en regardant le ciel changer de couleur.
Sonorites transparentes et arrangements sublimes
Ce qui frappe d’emblee, c’est la transparence des sonorites. Tout est poudre, cristallin, aerien. La voix de Lisa Ekdahl — cette voix qui a toujours ete son instrument le plus precieux — n’a jamais ete aussi bien mise en valeur.
Les arrangements sont d’une finesse remarquable. Il y a une conversation magnifique entre la voix et le piano, des choeurs delicats qui apparaissent comme des brumes matinales, une guitare qui ponctue sans jamais envahir, et des touches d’electro-acoustique vintage qui donnent a l’ensemble une texture unique.
C’est mieux arrange et produit que ses albums precedents — on sent une maturite nouvelle, une assurance qui lui permet de se liberer du fantome de Blossom Dearie. Lisa Ekdahl ne chante plus « a la maniere de ». Elle vole de ses propres ailes, et c’est un veritable soleil musical et poetique.
Lisa Ekdahl en video
Ecoutez One Life, un des plus beaux morceaux de l’album — tout y est : la voix cristalline, la guitare delicate, et cette luminosite qui traverse chaque note :

Verdict : un soleil poetique
Give Me That Slow Knowing Smile est un album rare. De ceux qu’on ecoute en boucle sans jamais s’en lasser, de ceux qui vous font fermer les yeux et sourire. Lisa Ekdahl a su faire ce que peu d’artistes reussissent : se reinventer completement tout en restant profondement elle-meme.
Chaque chanson est un petit bijou d’ecriture et d’interpretation. La voix, les arrangements, les textes — tout est au diapason. C’est un album qui merite une note maximale, sans hesitation : 5 etoiles sur 5.
Si vous aimez Norah Jones, Stacey Kent ou les ballades folk intimistes, foncez. Mais surtout, ecoutez cet album pour ce qu’il est : l’eclosion d’une artiste qui se libere enfin pour devenir pleinement elle-meme.
Lisa Ekdahl en 2026
Pres de vingt ans apres la sortie de Give Me That Slow Knowing Smile, Lisa Ekdahl a confirme que ce virage n’etait pas un caprice passager mais une veritable renaissance artistique. Elle a continue a alterner albums en suedois et en anglais, explorant avec la meme grace le folk, le pop et le jazz.
Son timbre cristallin reste intact, et sa capacite a creer des ambiances intimistes et lumineuses n’a fait que se renforcer au fil des annees. Pour ceux qui ne la connaissent pas encore, Give Me That Slow Knowing Smile reste une porte d’entree ideale — un album intemporel qui n’a pas pris une ride.