L’ambiance
L’Opportun est - parait-il - un incontournable du quartier Montparnasse depuis que Jacques Chirac avait privatise le restaurant pour un diner avec Aznar. Mais qu’importe, les presidents passent, et les restaurants restent. Aussi, aujourd’hui, chacun vous dira que, pour deguster un onglet de veau, tous les chemins menent a l’Opportun.
Le decor est sommaire mais reconfortant : deux salles, les murs peints en jaune, quelques photos et diplomes sur les murs, les serviettes a carreaux rouges. Un carton nous rappelle pourquoi nous sommes venus : “manger, ripaille, festoyer, se taper la cloche, croquer, mangeotter, mastiquer…” - c’est un dictionnaire de synonymes des plus joyeux qui vous met en appetit !
Le repas
En entree, un saumon marine sur lentilles (avec des morceaux d’oignons frais) est bon mais bien trop copieux pour une entree. Car, preparez-vous, lorsque les plats arriveront, vous regretterez d’avoir dejeune !
Les onglets sont servis avec une puree maison et quelque chose qui rappelle des choux frits (tres bons). L’onglet de veau est tendrissime - mon couteau s’y enfonce comme dans une plaque de beurre - et c’est le cas de le dire, fond dans la bouche. Cuisson reussie tant pour le boeuf que pour le veau !
Pour accompagner le repas, une bouteille de Chiroubles pas mal du tout. Finalement pour la viande, ce qui compte avant tout, c’est la qualite - bien avant la finesse de la preparation - et ici, elle est excellente !
Le verdict
Un bouchon lyonnais des plus recommandables pour les grandes faims. L’onglet de veau fond dans la bouche, la puree est maison, et l’ambiance est chaleureuse. Que demander de plus ?

— Une Russe a Paris
Informations pratiques

| Detail | Information |
|---|---|
| Restaurant | L'Opportun |
| Cuisine | Bouchon lyonnais |
| Adresse | 62 boulevard Edgar Quinet, 75014 Paris |
| Telephone | 01 43 20 26 89 |
| Quartier | Montparnasse / Edgar Quinet |
| Specialite | Onglet de veau, onglet de boeuf |
| Note | ★★★★☆ (4/5) |
Qu’est-ce qu’un bouchon lyonnais ?
Le bouchon lyonnais est une institution gastronomique française — l’équivalent lyonnais du bistrot parisien, mais avec une cuisine plus riche, plus généreuse, plus… lyonnaise. Le mot « bouchon » viendrait des bouchons de paille que les aubergistes accrochaient à leur porte pour signaler qu’ils servaient à manger.
La cuisine de bouchon, c’est le triomphe des abats et de la charcuterie : tablier de sapeur (gras-double pané), quenelles de brochet, saucisson brioché, cervelle de canut (fromage blanc aux herbes), salade lyonnaise aux lardons et œuf poché. C’est copieux, savoureux, et absolument pas diététique — et c’est exactement pour ça qu’on y va.
L’Opportun : un bouchon à Paris
Trouver un vrai bouchon lyonnais à Paris est un défi. La plupart des restaurants qui se revendiquent « bouchon » à Paris sont des imitations — la cuisine est approximative, les portions chiches, et l’ambiance manque de cette chaleur lyonnaise qui fait tout le charme du genre.
L’Opportun, près de la gare Montparnasse, fait partie des rares exceptions. La carte est courte (bon signe), les plats sont servis dans des proportions généreuses, et le patron est un vrai Lyonnais qui connaît ses classiques. Le saucisson brioché est excellent, les quenelles sont maison, et le pot de Beaujolais coule avec la générosité qui s’impose.

La gastronomie lyonnaise vs la gastronomie russe
En tant que Russe, je retrouve dans la cuisine lyonnaise quelque chose de familier : cette générosité, cette absence de prétention, ce goût pour les plats qui réchauffent et qui rassasient. La cuisine russe et la cuisine lyonnaise partagent un même amour du gras, du fumé et du mijoté.
Le bortsch russe et la soupe à l’oignon gratinée lyonnaise sont cousins — deux soupes qui nourrissent le corps et l’âme par temps froid. Les pelmeni et les quenelles sont des variations sur le même thème : une pâte qui enrobe un cœur savoureux. Et le saucisson brioché lyonnais me rappelle le koulibiak russe — cette tourte en croûte qui est un monument de la gastronomie slave.
Informations pratiques
L’Opportun se trouve rue Edgar Quinet, à deux pas du cimetière Montparnasse. Comptez environ 25-30 euros pour un repas complet (entrée, plat, dessert, verre de vin). Réservez le vendredi soir et le samedi, sinon venez en semaine — c’est plus calme et le service est plus attentif.
Pour d’autres adresses gourmandes, consultez ma critique des Compères dans le 15e et le Bélisaire. Et si la cuisine de l’Est vous tente, découvrez les meilleurs restaurants russes de Paris.
Les classiques lyonnais a l’Opportun
Parmi les plats a ne pas manquer :
- Tablier de sapeur — du gras-double pane et frit, croustillant a l’exterieur, fondant a l’interieur. C’est le plat emblematique de Lyon, et l’Opportun le prepare avec respect.
- Quenelles de brochet — moelleuses, legeres, nappees d’une sauce Nantua aux ecrevisses. Un grand classique.
- Salade lyonnaise — lardons, croutons, oeuf poche et cette vinaigrette qui lie le tout avec justesse.
- Cervelle de canut — un fromage blanc aux herbes fraiches, ciboulette et echalote. Ne vous laissez pas effrayer par le nom : c’est delicieux.
- Praline rose — en dessert, la tarte aux pralines roses est une specialite lyonnaise unique en son genre. Rose, croquante, irresistible.
Lyon vs Paris : la guerre des gastronomies
Il existe une rivalite historique entre Lyon et Paris en matiere de gastronomie. Les Lyonnais considerent — avec une certaine raison — que leur ville est la vraie capitale gastronomique de la France. Paul Bocuse, les Meres lyonnaises, la tradition des bouchons — Lyon a de solides arguments.
Paris replique avec sa diversite (cuisines du monde entier), ses etoiles Michelin et sa scene bistronomique. La verite, c’est que les deux villes se completent admirablement. Et avoir un bouchon lyonnais a Paris — comme l’Opportun — c’est le meilleur des deux mondes.