Open See de Jim Goldberg : « My story is tragic but it is important that you listen to it »

Jim Goldberg, laureat du prix de la Fondation Henri Cartier-Bresson, presente Open See, un essai photographique poignant sur les flux migratoires vers l'Europe. Polaroids, bouts de films, carnets trouves dans des camps de refugies — les sujets ecrivent leur histoire directement sur les photos, en an
Open See de Jim Goldberg : « My story is tragic but it is important that you listen to it »

The New Europeans : un projet laureat de la Fondation HCB

Ainsi pourrait-on resumer l’exposition « Open See » de Jim Goldberg, nouveau laureat de la Fondation Henri Cartier-Bresson pour son projet The New Europeans, un essai photographique sur les flux migratoires vers l’Europe. Polaroids, bouts de films, notes, carnets trouves dans des camps de refugies… Jim Goldberg est, depuis longtemps, a la recherche de nouvelles formes narratives pour raconter le monde.

Republique democratique du Congo, 2008 — Jim Goldberg, Open See

Un langage de bric-a-brac pour dire l’indicible

Et, pour conter celui des immigres, refugies, etrangers, deplaces, il choisit un langage de bric-a-brac, des photos sur lesquelles les acteurs de ses reportages exposent ensuite leur parcours. Un polaroid pour resumer une vie, est-ce peu ? Est-ce beaucoup trop ?

Visages ratures, photos des sequelles de tortures, et, par-dessus, des mots — en anglais, mais aussi en ukrainien, en kikongo, en bengali, en hindi… qui disent tous le desespoir qui constitue la matrice de la vie de ces millions de gens, partis de leur pays chasses par la guerre, la famine, la pauvrete — ou des millions qui revent d’en partir (« I am 17, I want to go to Belgium because I heard it is a beautiful place »).

Parfois on ne lit pas, et parfois on s’attarde…

Temoignages : quand les mots s’ecrivent sur la photo

The rebels killed my family (my parents, my wife and my 8 children). I was shot so many times I don’t know how I survived. I often dream that my family is alive or that I am hunted by armed men. But I always wake up alone and terrified.

Jim Goldberg, Open See - Republique democratique du Congo, 2008, photographie documentaire

      — Temoignage d'un survivant, ecrit sur un polaroid de Jim Goldberg

Ce temoignage, ecrit a la main sur une photographie, resume a lui seul la force du travail de Goldberg. Le photographe ne se contente pas de documenter : il donne la parole, litteralement, a ceux qui n’en ont jamais eu. Chaque image devient un palimpseste ou se superposent le visuel et le verbal, la souffrance et la dignite.

Des camps de Grece aux pays d’origine

Parti des camps de refugies en Grece, Jim Goldberg est alle dans les pays d’origine des migrants. Trafic humain et esclavage sexuel en Ukraine, conflits au Congo, violences interculturelles en Inde… et la misere partout.

Qui sont ces nouveaux Europeens ? Savent-ils ce qui les attend ici ? Savons-nous ce qu’ils ont quitte ? Jim Goldberg livre, a travers ce parcours documentaire, une reflexion poignante sur la mondialisation a travers le prisme des questions du racisme, de l’integration et de la persecution culturelle.

Demba’s map, Republique democratique du Congo, 2008 — Le parcours de Demba Balde, de Bamako a… Bamako

Demba

Un travail qui resonne douloureusement en 2026

Pres de vingt ans apres cette exposition, le travail de Jim Goldberg sur les migrations n’a rien perdu de sa force — il a gagne en urgence. Les crises migratoires se sont multipliees depuis 2009 : la guerre en Syrie, les naufrages en Mediterranee, la crise des refugies ukrainiens depuis 2022, les migrations climatiques… Les New Europeans de Goldberg sont devenus des millions.

Ce qui frappe, c’est que la methode de Goldberg — donner la parole directement aux migrants, les laisser ecrire leur propre histoire — reste aujourd’hui encore l’un des moyens les plus puissants de lutter contre la deshumanisation du discours sur l’immigration. A l’heure ou les chiffres et les statistiques dominent le debat, ses polaroids annotes nous rappellent que derriere chaque nombre, il y a un visage, une histoire, une famille.

Informations pratiques

Exposition terminee. Open See de Jim Goldberg a ete presentee jusqu’au 26 juillet 2009 a la Fondation Henri Cartier-Bresson, 2 impasse Lebouis, 75014 Paris. La Fondation HCB a depuis demenage dans le Marais (79 rue des Archives, 75003 Paris) et continue de presenter des expositions de photographie contemporaine.

Illustrations :

  • Republique democratique du Congo, 2008

  • Demba’s map, Republique democratique du Congo, 2008

Questions fréquentes

Qui est Jim Goldberg ?

Jim Goldberg (ne en 1953) est un photographe americain, membre de l'agence Magnum Photos. Laureat du prix de la Fondation Henri Cartier-Bresson pour son projet The New Europeans, il est reconnu pour ses essais photographiques qui explorent les marges de la societe, notamment les sans-abri, les refugies et les migrants. Son approche narrative innovante consiste a faire ecrire ses sujets directement sur les photographies.

Que raconte l'exposition Open See de Jim Goldberg ?

Open See est un essai photographique sur les flux migratoires vers l'Europe. Jim Goldberg est parti des camps de refugies en Grece pour remonter jusqu'aux pays d'origine des migrants. L'exposition documente le trafic humain en Ukraine, les conflits au Congo, les violences interculturelles en Inde, a travers des polaroids, des bouts de films, des notes et des carnets trouves dans les camps de refugies. Les sujets ecrivent leur histoire directement sur les photos, en anglais, ukrainien, kikongo, bengali ou hindi.

Qu'est-ce que la Fondation Henri Cartier-Bresson ?

La Fondation Henri Cartier-Bresson (HCB) est une institution parisienne dediee a la photographie, creee en 2003 par Henri Cartier-Bresson, Martine Franck et leur fille Melanie. Installee initialement au 2 impasse Lebouis dans le 14e arrondissement, elle a demenage en 2018 dans le Marais. Elle conserve l'oeuvre de Cartier-Bresson, organise des expositions de photographie contemporaine et decerne un prix bisannuel aux photographes documentaires.