Un immeuble, une allegorie
Soit un immeuble (presque) comme les autres. Situe a Tel Aviv — non, a Sydney (le grand financier du film est australien) — mais non, ca a vraiment l’air de Tel Aviv — et puis non, ce n’est pas important, car tout cela est pour de faux. Le sens de la vie pour 9,99$ est bien sur une allegorie.
Chacun des habitants de l’immeuble represente un trait de caractere d’une personne (vous ? moi ?) — le grincheux, l’amoureux, l’enfantin, le sensuel, le desespere, l’optimiste… Tous ces personnages vivent une vie ordinaire dont le quotidien loufoque donne naissance a toutes sortes de creatures et idees absurdes.
Edgar Keret et le realisme magique
On qualifie souvent le style d’Edgar Keret d’absurde — et il est vrai que ce mot est le premier a venir lorsqu’on decouvre ses nouvelles. Pourtant, il appartient davantage au courant du realisme magique (courant litteraire ne en Amerique Latine dans les annees 1920, dont le representant le plus connu est Gabriel Garcia Marquez). Des elements surnaturels y prennent source dans un environnement realiste, situations reelles et defauts humains sont pousses a l’absurde, la geographie est souvent incertaine et la narration prend forme de parabole.
J’avais deja parle d’Edgar Keret au sujet de son premier film, Les Meduses, que j’avais adore. Depuis, ma passion pour cet auteur s’est un peu refroidie face a une tristesse particulierement sans-issue de sa prose. Il n’empeche qu’Edgar Keret parvient, a chaque fois, a creer un univers particulier, qui lui est propre mais dans lequel on se reconnait facilement — un univers poetique et drole.
Prouesse technique du stop-motion
Le sens de la vie pour 9,99$ est un film stop-motion (des personnages en pate a modeler immobiles sont photographies dans differentes poses, la somme de ces images constituant leur mouvement). La performance de la realisatrice Tatia Rosenthal et de toute l’equipe est absolument fabuleuse — elle frappe presque plus dans les paysages que dans la realisation des personnages.
On ne pourrait leur reprocher qu’un certain manque de luminosite qui confere au film un gout tres lourd dans lequel on a vite l’impression de se noyer. Les quelques moments filmes en exterieurs sont des moments de joie que l’on a envie de ressentir de nouveau, mais l’intrigue nous ramene tres vite dans les couloirs sombres de l’immeuble.
Le meilleur reste la scene d’ouverture, avec cet immeuble Bauhaus d’un blanc immacule dont les fenetres s’allument tour a tour jusqu’a ce qu’il fasse jour, aux sons de la merveilleuse bande-son du new-yorkais Christopher Bowen.
Verdict
A voir au cinema ou en DVD. Un film d’animation pour adultes, poetique et absurde, qui ne ressemble a rien d’autre.