Ma relation avec Magritte
Petite, j’aimais la sculpture. L’idee de pouvoir toucher l’art, de sentir les formes sous ses doigts, la matiere brute et les volumes me fascinait. La peinture, en comparaison, me semblait froide et plate : un monde bidimensionnel auquel je ne trouvais pas de porte d’entree.
Et puis il y a eu Magritte. Justement parce que ses toiles ressemblent a des collages, justement parce qu’elles semblent plates comme des images de manuel scolaire, elles m’ont attiree. Pas de perspective vertigineuse, pas de coups de pinceau expressionnistes : chez Magritte, c’est l’idee qui compte, pas la technique. Ses tableaux sont des enigmes visuelles qui se regardent comme on lit un rebus.
Des annees plus tard, en etudiant la semiologie et les ecrits de Roland Barthes, j’ai retrouve Magritte sous un angle nouveau. « Ceci n’est pas une pipe » n’etait plus seulement une boutade : c’etait une reflexion profonde sur le rapport entre le signe et la chose, entre la representation et le reel. Autant dire que lorsque le nouveau Musee Magritte a ouvert a Bruxelles, j’ai bondi dans le premier Thalys.
La visite du musee : deception a 8 euros
Le Musee Magritte a ouvert ses portes place Royale le 2 juin 2009, quelques jours a peine avant ma visite. Premier contact : le personnel. On me signale que les photos sont interdites (soit), et on m’oblige a laisser mon sac au vestiaire (pas de porte-monnaie, pas de telephone — charmant). L’ambiance est deja tendue.
La collection permanente est impressionnante sur le papier : 200 tableaux, 50 photographies et 100 documents — lettres, tracts surrealistes, photos d’epoque — disposes sur 3 niveaux chronologiques. C’est la plus grande collection au monde dediee a Rene Magritte. On descend de niveau en niveau, du Magritte tardif au Magritte des debuts.
Mais la scenographie de Winston Spriet pose un serieux probleme. L’eclairage est si sombre que les oeuvres prennent un aspect sinistre et gris, comme si on les regardait a travers des lunettes de soleil. C’est un comble pour un peintre dont les couleurs — ces bleus de ciel, ces verts de feuillage, ces rouges de rideaux — sont absolument essentielles. On croirait visiter un caveau, pas un musee.

Autre deception : le manque d’informations. Les panneaux se limitent aux dates et aux titres des oeuvres, sans aucune explication, sans contexte historique ni analyse des courants stylistiques. On passe d’une periode a l’autre sans comprendre pourquoi. J’appelle ca l’experience Ryanair : l’entree coute 8 euros, mais pour comprendre ce que l’on voit, il faut acheter le guide ou l’audioguide en supplement. Le minimum vital n’est pas inclus dans le prix du billet.
Ce qui manque au musee
En sortant, on dresse une liste de frustrations. D’abord, les tableaux celebres manquent. La serie des hommes au chapeau melon — Le Fils de l’homme, L’Homme au chapeau melon — n’est pas representee ou a peine. Ce sont pourtant les oeuvres les plus connues du grand public, celles qui attirent les visiteurs. Leur absence est difficile a justifier dans un musee qui pretend etre la reference mondiale.
Ensuite, il n’y a pas assez d’explications sur l’evolution stylistique de Magritte. On decouvre avec surprise qu’il a traverse une periode impressionniste, une periode « vache » (peintures volontairement laides pour provoquer), une periode Renoir. Mais rien ne nous aide a comprendre pourquoi il est passe d’un style a l’autre, quelles influences l’ont marque, comment le surrealisme s’est impose dans son travail.
Enfin, l’eclairage sombre est veritablement contre-productif. Magritte n’est pas Caravage. Ses oeuvres ne jouent pas sur le clair-obscur. Elles demandent une lumiere franche, presque scolaire, qui permette d’apprecier les aplats de couleur et la nettete des contours. La scenographie de Winston Spriet trahit l’esprit meme de l’artiste qu’elle pretend mettre en valeur.
Bons plans pour un week-end a Bruxelles
Heureusement, Bruxelles offre bien plus que ce musee decevant. Voici quelques adresses testees et approuvees pour transformer la visite en un agreable week-end belge :
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Il Passatempo (italien) — Rue de Namur 32. Pates fraiches et ambiance chaleureuse, a deux pas du musee.
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Le Fourneau (fusion tapas) — Place Sainte-Catherine 8. Petites assiettes creatives dans le quartier le plus gourmand de Bruxelles.
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Cafe Vaudeville — Galerie de la Reine 11. Un cadre Art Deco somptueux pour un cafe ou un brunch.
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Cinema Arenberg — Galerie de la Reine 26. Films d’auteur et retrospectives dans une salle historique.
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Librairie Filigranes — Avenue des Arts 39-40. Ouverte 365 jours par an, c’est l’une des plus grandes librairies d’Europe.
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Balade du Sablon a la Grande Place — En passant par les ruelles du centre historique, les chocolatiers et la cathedrale Saints-Michel-et-Gudule.
Informations pratiques


| Information | Details |
|---|---|
| **Musee** | Musee Magritte |
| **Lieu** | Place Royale, Bruxelles |
| **Ouverture** | 2 juin 2009 |
| **Collection** | 200 tableaux, 50 photos, 100 documents |
| **Prix** | 8 euros |
| **Note** | ★★★☆☆ (3/5) |