Le proces Baudelaire de 1857
Le proces des Fleurs du Mal de Baudelaire sur scene : un spectacle saisissant dans l’un des theatres de la Cartoucherie de Vincennes, l’Aquarium.
Si vous vous souvenez, apres la publication des Fleurs du Mal en 1857, un proces fut intente contre Baudelaire, accuse d’outrage a la morale publique et aux bonnes moeurs. Le poete sera condamne a une amende de 300 francs (ainsi que ses editeurs), et devra retirer six poemes :
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Les Bijoux
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Le Lethe
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A celle qui est trop gaie
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Lesbos
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Femmes damnees
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Les Metamorphoses du vampire
Il faudra attendre 1949 pour que la Cour de cassation rehabilite Baudelaire et annule la condamnation. Un rappel salutaire que la censure litteraire n’est pas une relique du Moyen Age : elle a frappe l’un des plus grands poetes francais au XIXe siecle.
Le spectacle Outrage
Le spectacle est cree par Olivier Treiner avec l’Association amicale des Secretaires et Anciens Secretaires de la Conference du Barreau de Paris. Derriere cette formulation plus qu’obscure se cache une institution tres ancienne mais peu connue du commun des mortels.
Qui mieux qu’un avocat eloquent peut faire revivre le proces de Baudelaire ? Les connaissant, on assiste la, sinon a un grand morceau de theatre, a un tres grand proces. La force du spectacle reside dans la confrontation entre la beaute des vers de Baudelaire et la rigidite du langage juridique de l’epoque. A decouvrir absolument.
Les Secretaires de la Conference
Les Secretaires de la Conference sont un groupe de 12 avocats brillantissimes qui sont elus chaque annee, a l’issue d’un concours d’eloquence, pour representer le Barreau de Paris. Ils s’occupent de la defense penale, organisent la celebre conference Berryer (un vrai tournoi d’humour), et remplissent plein d’autres missions toutes aussi ardues qu’excitantes.

Les mots-cles ici sont « eloquence » et « avocat ». Le mariage entre le droit et la litterature produit un spectacle aussi instructif que captivant. Cette tradition de spectacles juridico-litteraires perdure : les Secretaires de la Conference continuent de produire des reconstitutions de proces celebres, perpetuant l’art de la plaidoirie.
L’arret du Tribunal correctionnel de la Seine (1857)
« Attendu que l’erreur du poete, dans le but qu’il voulait atteindre et dans la route qu’il a suivie, quelque effort de style qu’il ait pu faire, quel que soit le blame qui precede ou qui suit ses peintures, ne saurait detruire l’effet funeste des tableaux qu’il presente au lecteur, et qui, dans les pieces incriminees, conduisent necessairement a l’excitation des sens par un realisme grossier et offensant pour la pudeur ; » « Condamne Baudelaire a 300 francs d’amende. Ordonne la suppression des pieces portant les numeros 20, 30, 39, 80, 81 et 87 du recueil. » Publie le 21 aout 1857 par la Gazette des tribunaux et par L’Audience.