Une grande voyageuse
L’Autobiographie d’Agatha Christie
Agatha Christie voyage des l’enfance. D’abord avec sa famille — excellent moyen de faire des economies : louer sa maison avec le personnel a de riches Americains et partir dans le Sud de la France. Ou alors economiser en faisant ses bals de debutante au Caire plutot qu’a Londres.
Avec son premier mari, elle fait un voyage autour du monde pendant plus d’un an. Puis, en 1926, separee de son mari, elle part seule au Moyen-Orient a bord de l’Orient-Express.
L’Orient-Express et le Moyen-Orient
C’est en visitant les fouilles archeologiques d’Ur — a l’epoque, on pensait que c’etait la capitale de la Mesopotamie — qu’elle rencontre Max Mallowan, eminent archeologue de quatorze ans son cadet, qui deviendra son second mari. Depuis cette rencontre, elle ne cessera de voyager et deviendra une specialiste du Moyen-Orient, notamment de la Syrie et de l’Irak.
Lire les descriptions de Bagdad, de Nimrud — des villes qui, aujourd’hui, ont perdu de leur superbe — c’est deja faire un voyage. L’Orient-Express jusqu’a Venise coute aujourd’hui pres de 2 000 €. Pensez a Agatha Christie qui fit un Londres-Bagdad…
Une epoque benie
Epoque benie ou il n’y avait besoin ni de visas, ni de beaucoup d’argent pour voyager. Epoque benie ou les archeologues ne faisaient que decouvrir les toutes premieres couches des civilisations disparues. Epoque benie ou l’on pouvait, en n’ayant que l’ecriture pour toute source de revenus, avoir pour hobby d’acheter et de redecorer des maisons — Agatha Christie en avait huit avant la Seconde Guerre mondiale.
Epoque benie, enfin, ou l’on ne connaissait guere le culte de la jeunesse :

Comme j’ai bien fait d’epouser un archeologue : plus je vieillis, et plus il me trouve interessante. — Agatha Christie
Humour et nostalgie
Un voyage plein de nostalgie, mais aussi d’humour : un peu ironique, un peu amer, mais toujours irresistible. A consommer sans moderation pour voyager dans ces pays que nous ne verrons jamais.
A ceux qui descendent dans les memes fleuves surviennent toujours d’autres et d’autres eaux. — Heraclite
L’Autobiographie d’Agatha Christie est aussi un formidable temoignage sur la condition des femmes au debut du XXe siecle, sur le passage de l’Angleterre victorienne a la modernite, et sur l’art de traverser les epreuves — un divorce, deux guerres mondiales, la perte de proches — avec grace et humour. Un livre qui se lit comme un roman et qui donne envie de prendre un train, n’importe lequel, et de partir.