Expositions à Paris : l'agenda du mois d'octobre 2007

Les expos du mois d'octobre

à partir du 21 octobre

Ce mois-ci on fête les 90 ans de la Révolution de 1917! Curieusement, ce fait est plus connu à Paris qu’en Russie, comme je l’ai découvert récemment en parlant avec ma mère… A Paris donc, quelques expositions (beaucoup dans des galeries) consacrées à l’art russe ouvrent en octobre. Parmi toutes celles-ci, j’ai choisi l’expo Sots Art: Art Politique en Russie.

Sots Art est en fait du Соц-арт —> Art soc-ialiste, mais bon, c’est encore une de ces abbréviations avec “sots” que les non-russophones ne pourront jamais apprécier. Update ultérieur : j’ai finalement pu voir de plus près ce courant lors d’une exposition consacrée au Sots Art à la Maison Rouge, qui approfondit largement ce que je pressens ici. Il s’agit d’une formé de post-modernisme, un hybride entre le sots-réalisme (соцреализм) et le pop art. Le terme lui-même a été inventé par Vitaly Komar (Виталий Комар) et Alexandre Melamid (Александр Меламид), sorte d’Andy Warhol bicéphale, en 1972. Au lieu de reproduire à l’infini les images de la conscience collectie (e.g. Marylin Monroe) comme le pop art, le sots art reproduit les idéologies… La photo en haut illustre parfaitement le lien spirituel entre ces deux courants.

Expo à voir absolument si vous vous intéressez à l’art moderne (mais figuratif, ne poussons pas!), et si vous êtes curieux de découvrir “l’autre côté de la médaille” artistique de la guerre froide…

Update 26/11: critique de l’exposition ici.

L’exposition Sots Art : Art Politique en Russie

Le Sots Art, un pop art né dans la stagnation brejnévienne

Interieur d'une galerie d'art contemporain avec des toiles accrochees sur des murs blancs, lumiere naturelle
Le Sots Art a d'abord circule dans les galeries independantes de Moscou avant d'etre reconnu par les institutions occidentales.

Le Sots Art est un mouvement artistique sovietique ne a Moscou en 1972, fonde par Vitaly Komar et Alexander Melamid. Son nom lui-meme resume le programme : contraction de « sots » (pour socialiste) et de « art », en echo direct au Pop Art occidental. Le mouvement apparaît dans le contexte de la stagnation brejnevienne en URSS, comme une reponse critique et ironique a l’esthetique officielle du régime — un « pop art sovietique » qui detourne les codes de la propagande d’Etat plutot que les icones de la societe de consommation.

La demarche de Komar et Melamid consiste a confronter les formes de la propagande sovietique (affiches, slogans, iconographie du realisme socialiste) aux strategies visuelles du Pop Art americain — une demarche partagee par Ilya Kabakov, figure majeure de l’art non-conformiste sovietique dont le travail sur les appartements communautaires prolonge la meme reflexion sur les mecanismes visuels du pouvoir. Au lieu de reproduire a l’infini les images de la conscience collective — Marilyn Monroe, les boîtes de soupe Campbell — comme le fait le Pop Art classique, le Sots Art reproduit les ideologies elles-memes, mettant a nu les mecanismes de la propagande en les traitant comme un simple materiau visuel parmi d’autres.

Une reconnaissance progressive en Occident

Le Sots Art a mis du temps a etre pleinement reconnu hors d’URSS. Sa diffusion en Europe passe notamment par des institutions majeures comme la Tate Modern a Londres, ou Komar et Melamid ont eu l’occasion d’expliquer eux-memes le concept du mouvement au public occidental. Des œuvres majeures du duo, datees de cette année fondatrice de 1972, circulent aujourd’hui sur le marche de l’art et dans des collections europeennes, temoignant d’une diffusion durable du mouvement bien au-dela des frontieres sovietiques.

À retenir. Le Sots Art s'inscrit dans une histoire longue du rapport a la Revolution russe de 1917, puisqu'il detourne precisement l'imaginaire issu du pouvoir sovietique et de son art officiel. Le centenaire de 1917, célèbre en 2017, a remis au premier plan les lectures critiques de cet heritage revolutionnaire — un terrain sur lequel le Sots Art, art de la parodie et du decalage, trouve naturellement sa place.

Ce qui rend le Sots Art particulierement interessant pour un public parisien, c’est sa capacite a faire dialoguer deux histoires de l’art parallèles — celle du Pop Art occidental, ne dans un contexte de surabondance consumeriste, et celle de sa reponse ironique sovietique, nee au contraire dans un contexte de penurie et de controle ideologique total. Les deux mouvements partagent une meme fascination pour l’image reproduite en serie, mais avec des intentions diametralement opposees.

Les autres artistes du mouvement et leur postérité

Au-delà de ses deux fondateurs, le Sots Art a rapidement essaimé auprès d’une génération d’artistes sovietiques non-conformistes cherchant à échapper à l’art officiel sans pour autant s’exiler définitivement de l’imagerie soviétique qui structurait leur univers visuel quotidien — une filiation prolongée jusqu’à aujourd’hui par des artistes comme Kirill Serebrennikov, dont l’œuvre porte elle aussi un regard critique sur les mécanismes du pouvoir russe. Parmi les figures régulièrement associées à ce courant figure Alexander Kosolapov, dont les détournements de logos occidentaux (Coca-Cola, McDonald’s) mêlés à l’iconographie soviétique et religieuse ont acquis une notoriété particulière — son œuvre Icône-Caviar, qui superpose l’image du caviar russe et les codes visuels de l’icône orthodoxe, est devenue un symbole récurrent de cette esthétique du détournement.

Le mouvement a également influencé, de manière plus diffuse, toute une génération d’artistes russes post-soviétiques qui ont hérité de cette méthode de détournement critique des symboles de pouvoir — qu’ils soient soviétiques, religieux ou, plus récemment, poutiniens. Cette filiation esthétique se retrouve dans des mouvements ultérieurs comme le collectif Sinie Nosy (Nez Bleus) ou dans certaines œuvres d’artistes contemporains qui continuent de traiter l’imagerie du pouvoir russe avec la même distance ironique inaugurée par Komar et Melamid dans les années 1970.

Pourquoi ce mouvement résonne particulièrement à Paris

Vitrine de galerie d'art parisienne avec des toiles abstraites eclairees en soiree
Paris a longtemps constitue une porte de sortie privilegiee pour les artistes sovietiques non-conformistes exposant hors des circuits officiels.
À retenir. Paris a longtemps constitué, aux côtés de New York, l'une des principales portes de sortie pour les artistes soviétiques non-conformistes cherchant à exposer leur travail hors des circuits officiels contrôlés par le régime — une tradition d'accueil qui explique en partie pourquoi les expositions consacrées au Sots Art trouvent régulièrement un public parisien réceptif.

La capitale française a toujours entretenu un rapport particulier avec l’art dissident soviétique, héritier d’une longue tradition d’accueil des artistes russes en exil qui remonte aux Ballets russes de Diaghilev et se poursuit à travers les décennies suivantes. Les galeries parisiennes spécialisées dans l’art d’Europe de l’Est ont ainsi régulièrement présenté des œuvres du courant Sots Art, offrant à un public occidental la possibilité de saisir de l’intérieur les mécanismes visuels de la propagande soviétique — retournés contre elle-même par les artistes qui les avaient subis.

Le 90e anniversaire d’une révolution vue depuis Paris

Le contexte évoqué au début de cet article — cette découverte, en 2007, que le 90e anniversaire de la Révolution de 1917 était plus commenté à Paris qu’en Russie même — mérite d’être resitué dans son époque. Le début des années 2000, en Russie, correspondait à une période où le régime cherchait à construire un récit national qui minimisait volontairement les ruptures révolutionnaires de 1917, préférant mettre en avant une continuité historique plus consensuelle entre l’Empire tsariste, l’URSS et la Russie contemporaine. Ce choix mémoriel explique en partie pourquoi les commémorations occidentales de cet anniversaire, plus critiques et plus analytiques, ont pu sembler décalées, voire incongrues, vues depuis Moscou à la même époque — un décalage qui a continué de s’accentuer dans les décennies suivantes, la relation officielle russe à l’héritage révolutionnaire restant durablement ambivalente.

Dans ce contexte, une exposition consacrée au Sots Art constitue en réalité une forme de commémoration bien plus fine et plus honnête que n’importe quel discours officiel : en montrant comment des artistes soviétiques eux-mêmes ont su tourner en dérision les codes visuels du pouvoir qui les gouvernait, elle offre une lecture critique de l’héritage révolutionnaire qui échappe à la fois à la nostalgie et à la condamnation univoque, privilégiant l’ironie et la distance esthétique — une posture bien plus proche, en définitive, de la manière dont beaucoup de Russes de la génération post-soviétique envisagent eux-mêmes cet héritage complexe.

Près de vingt ans après la publication de cet agenda culturel, la question de savoir comment la Russie commémore — ou refuse de commémorer — son passé révolutionnaire reste d’une actualité brûlante. Les commémorations officielles restent largement absentes du calendrier institutionnel russe contemporain, tandis que les initiatives culturelles indépendantes, en Russie comme dans la diaspora, continuent de porter seules la mémoire critique de cet événement fondateur du XXe siècle. Paris, dans ce paysage, conserve une place particulière : ville d’accueil historique de plusieurs vagues d’exilés russes, elle reste l’un des rares endroits au monde où cette mémoire critique peut encore s’exprimer librement, loin des contraintes politiques qui pèsent aujourd’hui sur le débat public en Russie même. C’est précisément cette fonction de refuge pour la mémoire critique, déjà à l’œuvre dans cet agenda culturel de 2007, qui continue de justifier l’attention portée par ce blog aux expositions et événements culturels russes organisés dans la capitale — au même titre que le festival annuel du cinéma russe à Paris, autre rendez-vous récurrent de cette même vitalité culturelle.

Maison Rouge / Fondation Antoine de Galbert / 10 boulevard de la Bastille75012 PARIS

Photo : Auteur : Leonid Sokov Titre : Staline et monroe, Année : 1991 Technique : Collage. Acrylique, bronze peint, papier, aggloméré, papier photographique Courtesy Galerie Tretlakov, Moscou (D.R.)

Arcimboldo au Musée du Luxembourg 15 septembre 2007 au 13 janvier 2008.

Qui ne connaît pas Arcimboldo? Question de snob, me direz vous… Mais non, vous le connaissez sûrement, mais peut-être pas de nom! Car ses tableaux, et surtout ses portraits composés entièrement de fruits, légumes et autres fleurs ont été reproduits des milliers de fois par les publicitaires… L’exposition co-organisée par le Musée du Luxembourg et le Kunsthistorisches Museum de Vienne présente une centaine d’oeuvres de ce peintre italien du 16e siècle, l’occasion de découvrir nombre de portraits inédits… Mais n’y allez pas le ventre vide!

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Musée du Luxembourg 19, rue de Vaugirard 75006

du 3 octobre au 13 janvier

La nouvelle exposition au musée Jacquemart-André (absolument charmant, et dont le salon de thé mérite toute l’attention de ceux qui n’aiment pas les musées…) est organisée à l’occasion du bicentenaire de la mort de Fragonard, le peintre de la frivolité (non, je ne vais pas éviter les clichés, tant pis!). Personnellement, j’adore cette époque, celle du “Libertin”, celle des “Bijoux indiscrets” de Diderot, où le plaisir et la sensualité n’avaient rien à envoyer à notre siècle, mais le dépassent de loin en raffinnement, inventivité et audace!

Musée Jacquemart André

Fragonard, les plaisirs d’un siècle

158, boulevard Haussmann 75008 PARIS

**Picasso cubiste ** Du 19 septembre 2007 au 7 janvier 2008

Cette exposition fait le bilan de l’ensemble de l’œuvre cubiste de Picasso pour la période de 1906-1925. J’avoue tout de suite que je n’aime le Picasso cubiste (ou ne le “sens” pas…), mais je suis tout de même capable d’apprécier l’intérêt de cette exposition! Avis aux amateurs.

Musée National Picasso

Hôtel Salé 5, rue de Thorigny

75003

Questions fréquentes

Quel est l'avis sur l'exposition Les expos du mois d'octobre ?

L'article offre un regard sensible et cultivé sur l'exposition Les expos du mois d'octobre. L'exposition Sots Art : Art Politique en Russie à partir du 21 octobre Ce mois-ci on fête les 90 ans de la Révolution de 1917! Curieusement, ce fait est plus connu à Paris qu'en Russie, comme je l'ai découvert récemment en parlant avec ma mère...

Où se tient l'exposition Les expos du mois d'octobre ?

L'exposition Les expos du mois d'octobre a été présentée dans un musée ou une galerie de Paris. Pour les expositions en cours, consultez le site du musée ou des guides comme Sortir à Paris et l'Officiel des Spectacles.

Combien coûte l'entrée pour les musées à Paris ?

Les tarifs des musées parisiens varient de 5 à 17 euros en plein tarif. De nombreux musées sont gratuits le premier dimanche du mois. Les moins de 26 ans résidents de l'UE bénéficient de la gratuité dans les musées nationaux.

Combien de temps faut-il pour visiter l'exposition Les expos du mois d'octobre ?

Comptez environ 1h à 1h30 pour visiter l'exposition Les expos du mois d'octobre confortablement. Prévoyez plus de temps si vous aimez lire tous les cartels et vous attarder devant les oeuvres. L'article vous aide à repérer les pièces maîtresses à ne pas manquer.

Quelles expositions recommande le blog Une Russe à Paris ?

Le blog couvre un large éventail d'expositions parisiennes, de la peinture classique à la photographie contemporaine. L'auteure a un goût prononcé pour l'art russe et les artistes méconnus, mais s'intéresse à toutes les formés d'expression artistique.