La gratuite du premier dimanche
Premier dimanche du mois et un des derniers jours de l’exposition “Traces du sacre” dont on a entendu tant de bien - comment ne pas en profiter ? Ce matin, mue par un elan culturel qui n’a de mesure que le temps hideux qu’il fait a Paris en ce moment, j’ai fait face a une deconfiture complete et totale de mon plan.
Tout d’abord, j’avais oublie la baisse du pouvoir d’achat : les gens ne partent plus. L’annee dernière, le premier dimanche du mois d’aout, il n’y avait que ma mere et moi a Beaubourg. Aujourd’hui, ma mere n’était pas la, mais tous les Parisiens, si. Les gens restent a Paris, et non seulement ils restent, ils decident fermement de ne depenser leurs sous que quand ils ont un couteau sous la gorge.
Les Parisiens sont donc tous venus ce matin a 11h faire la queue devant Beaubourg pour y entrer gratuitement. Vingt-cinq minutes de queue - alors qu’il ne pleuvait même pas ! Mais bien évidemment, l’expo est payante, seul le musée est gratuit. Je ne suis pas radine - j’allais la voir de toute facon. Allons-y donc.
Le parcours de l’exposition
Je pensais naivement avoir compris ce qu’allait etre l’expo : en unissant les collections du Centre Pompidou, du Louvre et du Musée du quai Branly, ils allaient faire une recherche de “traces du sacre” dans la peinture, la sculpture et l’art tribal toutes époques confondues. En realite, il s’agit davantage d’un parcours historique a partir de la toute fin du XIXe siècle jusqu’a nos jours, ou chaque décennie donne naissance a de nouvelles modes et de recherches para-religieuses.
De la peinture figurative, ne sont presents que des peintres inconnus (“inedits”, disent-ils - et on comprend pourquoi). Et 70% de l’exposition ne sont pas vraiment figuratifs : ce sont surtout des installations pour comprendre lesquelles il aurait fallu avoir en poche un DEA de Philosophie couple avec quelques annees a l’école du Louvre.
Il y a un Chagall, un ou deux Kandinsky, des Paul Klee, un ou deux Malevitch, mais rien de particulierement frappant. Il y a une belle installation de Bill Viola. Et ce qui m’a frappee le plus, c’est cette video de Mary Wigman qui danse - absolument fantastique et totalement revelateur de l’exposition que j’aurais aime voir. Pour un choc esthétique plus frontal autour du bijou et de la géométrie, je recommande plutôt l’exposition sur les bijoux Art Déco et Avant-garde, ou la joaillerie géométrique raconte elle aussi une histoire du sacré, mais par la matière et la forme.
Faut-il voir cette expo ?
-
Oui, si vous avez la possibilité de venir accompagne(e) d’un étudiant en philosophie.
-
Oui, si vous etes vous-même étudiant en philosophie.
-
Oui, si vous aimez l’art contemporain.
-
Non, si seulement le thème des religions vous intéressé : il ne s’agit aucunement des “religions”, mais de theoremes assez sombres quant a la nature du sacre.
-
Non, si vous avez tendance a vous endormir facilement (ce n’est presque pas éclaire, un peu facon “quai Branly”).
-
Non, si vous avez mal a la tete (cela ne fera que l’aggraver).
Que faire après ?
Allez prendre un peu d’air frais, installez-vous en terrasse place Tinguely. Respirez. Si cela ne suffit pas, allez jusqu’a la place des Vosges. Etalez-vous sur l’herbe. Inspirez. Paris. Un ciel haut. Du vent sur vos joues. Un air baroque venant d’une des galeries. Votre mal de tete s’evapore. C’est divin. Pas besoin de theories. — Une Russe a Paris
| Detail | Information |
|---|---|
| Exposition | Traces du Sacre |
| Lieu | Centre Pompidou (Beaubourg), Paris |
| Artistes notables | Chagall, Kandinsky, Paul Klee, Malevitch, Bill Viola |
| Moment fort | Video de Mary Wigman, Danse de la sorciere |
| Public cible | Amateurs d'art contemporain, étudiants en philosophie |
L’art de visiter les expositions a Paris
Paris est la capitale mondiale des expositions. Chaque semaine, des dizaines d’expositions ouvrent et ferment — au Louvre, au Centre Pompidou, au Musée d’Orsay, au Grand Palais, dans les galeries du Marais et les fondations privees. C’est un flux permanent d’art et de culture qui fait de Paris un lieu unique au monde.
Mon conseil : ne courez pas après toutes les expositions. Choisissez-en une ou deux par mois, prenez le temps de les voir vraiment, et laissez-vous surprendre. Les meilleures découvertes sont souvent les moins attendues — une petite galerie dans une rue tranquille, un artiste dont vous n’aviez jamais entendu parler. C’est exactement ce qui m’était arrivé avec la première rétrospective Arcimboldo au Musée du Luxembourg, une découverte qui avait surpris tout le monde.
En Russie, les musées sont aussi des institutions majeures. L’Ermitage a Saint-Petersbourg, la Galerie Tretiakov a Moscou, le MMOMA (Musée d’art moderne de Moscou) — chacun mérite un voyage en soi. Pour découvrir l’art russe sous toutes ses formés, le site Art Russe est une ressource incontournable. Coté Orsay, je garde aussi un excellent souvenir de l’exposition consacrée à Alexandre Charpentier, entre naturalisme et Art nouveau — un artiste bien moins connu que Chagall ou Kandinsky, mais tout aussi passionnant.
